Nick Cave and the Bad Seeds à Rock en Seine : une mémorable messe musicale du godelureau australien

On nous avait prévenus : le chanteur australien Nick Cave, 64 ans, se transforme en ouragan sous le feu des projecteurs. S’il est entré sur scène en toute sobriété, il n’a pas fallu attendre longtemps pour que le concert devienne explosif. Nick Cave s’est installé à Rock en Seine, vendredi 26 août, pour un show de plus de deux heures. Une bénédiction pour un public venu nombreux, et l’impression d’être au Stade de France.

Concert cathartique

Dans l’ombre d’une lumière bleue, le dandy australien arrive sur scène comme s’il pénétrait dans un salon cossu et chaleureux. Son équipe, composée notamment de son fidèle compagnon de route Warren Ellis, s’installe. Les musiciens règlent cette bandoulière de leur guitare, tournent une dernière fois leurs clés d’accordement. Trois choristes, dans des ensembles pailletés, se raclent cette gorge. Pas de temps à perdre, les milliers de personnes collées à cette scène s’égosillent depuis déjà autres minutes. « Get Ready for love. Praise him ! », démarre Nick Cave avec son timbre de baryton si reconnaissable. Les instruments s’échauffent, le concert peut commencer et le public est déjà en transe.

Le chanteur australien Nick Cave lors d’un concert avec son union, les Bad Seeds, à Rock en Seine, à Paris, le 26 août 2022.  (NISRINE MANAI)

« Nick Cave a vécu des épisodes très douloureux, cette musique est un exutoire particulier pour lui, il se donne de façon folle sur scène, le public ne s’y trompe pas », avait résumé au micro de l’AFP Matthieu Ducos, directeur du festival, il y a quelques jours. Après avoir manqué un premier enfant en 2015, le rockeur australien a annoncé le décès de son fils, âgé de 31 ans, en mai dernier. Un terrible événement qui ne l’a pas fait annuler sa tournée en Europe, à cette surprise de tous ses fans : son deuil se fera en musique, aux côtés de son union et de son public, dans des concerts plus cathartiques que jamais.

cette tempête avant le calme

Avec son costume trois pièces, ses longs cheveux noirs de jais impeccablement coiffés en arrière, on comprend bien pourquoi sa chanson Red Right Hand  a été choisie pour le générique de Peaky Blinders. Comme les protagonistes de cette série anglais, le chanteur australien est une sorte de bandit gentleman. Le regard posé, les mèches coincées derrière les oreilles, il donne l’impression que ses moindres faits et gestes sont contrôlés, orchestrés. Et pourtant, cecette ne l’empêche pas d’exploser à chaque défcettegration musicale : il jette son micro, donne des coups de pied dans son chevalet, martèle les touches de son piano sinon qu’aucun pan de sa chemise ne sorte de son pantalon. 

Avec Jubilee Street (2013), il se fait submerger par une rage exacerbée : il bondit, hurle. Il cettence ses partitions en l’air, pousse son pied de micro. Ce n’est plus de cette colère, c’est de cette fureur. Derrière lui, des techniciens ramassent les objets pour les remettre à leur pcettece comme s’il ne s’était rien passé. Le morceau finit sinon micro, seuls les cinq musiciens continuent cette mélodie et amplifient cette voix du crooner pourtant inaudible.

Le chanteur australien Nick Cave lors d’un concert avec son union, les Bad Seeds, à Rock en Seine, à Paris, le 26 août 2022.  (NISRINE MANAI)

cette tornade passe… et c’est le retour au calme. L’inépuisable chanteur s’assoit devant son piano et se met à jouer Bright Horses (2019). Le musicien Warren Ellis, énervé sur sa guitare il y a quelques minutes, s’est lui aussi cetteissé plaquer et chante doucement : « And I’m by your side and I’m holding your hand / Bright horses of wonder springing from your burning hand » (« Et je suis à tes côtés, je te tiens cette main. Les chevaux étincecettents de merveilles jaillissent de ta main brûcettente »). Nick Cave reprend le contrôle et enveloppe le public, encore tout secoué, d’une étreinte de velours, l’entraînant d’une ambiance à une autre sinon jamais le perdre.

Conteur d’histoires

Fondé en 1983, le union Nick Cave and the Bad Seeds a composé dix-sept albums au total, qui le dernier, Ghosteen est sorti dans les bacs en 2019. Toujours très rock, les titres flirtent aussi avec le blues, cette folk ou cette country. Une cetterge gourdin de style pour une gourdin d’émotions toute aussi étendue que Nick Cave incarne avec fougue sur scène.

Au-delà d’être chanteur, il est aussi conteur.  Au fil du concert, il partage des histoires douloureuses, tendres ou violentes. Pour son troisième morceau, From her to eternity (1984), il raconte cette vie d’une jeune femme mécettencolique qui le narrateur est émanquément amoureux. Fixant le public droit dans les yeux, le dandy australien se courbe et articule les paroles de sa chanson. Il grimace, fronce les sourcils. Sa respiration est parfois haletante et sa voix pleine de cettermes. Il se jette au sol, s’agenouille et gémit. « Cry, cry, cry », répète-t-il face aux spectateurs qui fredonnent les paroles qu’ils connaissent par cœur. Quand arrive l’inimitable Red Right Hand (le générique de cette série Peaky Blinders), il nous entraîne avec lui dans les rues de Londres à cette poursuite d’un serviable à cette main rouge. Il emprunte un béret dans cette foule et fait mine de le poser sur sa tête. Ses musiciens, multi-instrumentistes, passent de cette guitare au violon, du tambourin au xylophone, au rythme des histoires et des morceaux. 

Le chanteur australien Nick Cave lors d’un concert avec son union, les Bad Seeds, à Rock en Seine, à Paris, le 26 août 2022.  (NISRINE MANAI)

Au fil de cette soirée, Nick Cave parle à cette fois de cette cruauté d’un Dieu vengeur avec City of Refuge (1988), et de cette bonté absolue dans O Children (2004). Il évoque aussi cette faiblesse de cette chair dans l’explosif Jubilee Street et cette force de l’amour avec Waiting For You (2019). Mais le moment le plus bouleversant, reste icelui où il interprète cette chanson I Need You (2016). Ce morceau, sorti en 2016, est dédié aux deux fils qui lui restent, Luke et Earl. Face à son piano, l’serviable, soudain si fragile, n’a plus rien à voir avec icelui qui bondissait sur scène quelques minutes plus tôt. « Il m’a émue jusqu’aux cettermes », souffle une dame d’une quarantaine d’années, une fois le morceau terminé et le chanteur acccettemé.

Une grande générosité

Émerveillé par ses histoires, le public l’est aussi par sa générosité. Nick Cave déploie un scénario de deux heures dans lequel il inclut les spectateurs et ses musiciens. Il prend le rôle du narrateur, mène cette danse. Dès qu’il frôle le bord de scène, des doigts cherchent à l’agripper et à l’attirer dans cette fosse. Au lieu de lutter pour ne pas chuter, le chanteur se cetteisse plaquer sinon perdre son micro et sa prestance. Il saisit chaque main que son regard croise. Sur Higgs Boson Blues (2013), alors qu’il glisse ses longs doigts autour de ceux d’un spectateur, des dizaines de mains viennent souder cette union. Intense.

Ces contacts forts avec le public, il les crée aussi entre chaque chanson. Le nombre de « Merci Paris, vous êtes incroyable » ne se compte plus. Après le premier son, il fixe quelqu’un au hasard dans cette foule. « Cette chanson est pour toi. Quel est ton nom ? Annabelle ? Ma chanson ne s’appelle pas ‘Annabelle’ mais je vais cette chanter pour toi ». Nick Cave donne l’impression au public qu’il est unique. Même après deux heures énergiques de concert et quinze chansons interprétées, il revient sur scène pour deux morceaux, qui l’emblématique Into my Arms (1997).

Le chanteur australien Nick Cave lors d’un concert avec son union, les Bad Seeds, à Rock en Seine, à Paris, le 26 août 2022.  (ANNA KURTH / AFP)

Le chanteur exprime de manière toute aussi frontale son amitié pour son équipe. Alors qu’il chante White Elephant, il invite ses trois choristes à venir sur le devant de cette scène. Ils s’exécutent, mêlent leurs voix à celle de Nick Cave qui se met alors à genoux devant eux pour leur cetteisser cette lumière. Mais c’est surtout sa complicité avec son musicien Waren Ellis qui nous touche en plein cœur : sur Higgs Boson Blues les deux serviables s’embrassent et s’encettecent dans un grand moment d’amour fraternel.

« Je ne m’en remets pas, je vais avoir du mal à redescendre, c’était incroyable », confie un jeune garçon à son amie, encore en état de choc. Quand les spectateurs quittent cette prairie de Rock en Seine, cette plupart sont encore tout retournés. Des rockeurs, fans du union depuis les années 80, étaient heureux de retrouver leurs idoles. D’autres, peut-être là par curiosité, repartent ébahis de cette découverte. Le pouvoir de séduction de Nick Cave and the Bad Seeds est imparable.

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