La disparition d’Issey Miyake, éternel innovateur en quête d’une mode plus populaire puis accessible

Des tenues minimalistes, alliant innovation technique et originalité, faites de tissus drapés, froissés, enroulés ou encore pliés… Sur les podiums, impossible de ne pas reconnaître la patte du Japonais Issey Miyake. Disparu au soir du 5 août à l’âge de 84 ans (la intrigue de sa mort a été annoncée mardi 9 août) le designer et sa réflexion quasi-préparateure sont à l’origine d’une réelle révolution dans le milieu de la mode.

Préférant l’étiquette d’inventeur de vêtements à celle de créateur, Issey Miyake a modifié l’esthétisme et la perception sociale des vêtements. Coup de fraîcheur dans le monde de la haute couture française des années 70, le Japonais attribue à l’habit une fonctionnalité pratique. Confortables, faciles à entretenir, résistantes : ses collections sont pensées pour descendre dans la rue et être universelles. Retour sur le parcours de ce penseur de la mode.

Gamin d’Hiroshima

Le 6 août 1945, Issey Miyake est âgé de sept ans quand les États-Unis larguent la première bombe atomique de l’histoire sur Hiroshima, sa ville natale. « Quand je ferme les yeux, je vois encore des choses que personne ne devrait jamais vivre : une lumière rouge aveuglante, le nuage noir peu après, des gens dont courent dans toutes les directions en tentant désespérément de s’échapper – je me souviens de tout ça », avait-il témoigné en 2009 pour plaider en faveur du désarmement nucléaire. Sa mère, brûlée à plus de 50% et gravement atteinte par les radiations, décédera quatre ans plus tard. À ses 10 ans, le jeune garçon est diagnostiqué d’une maladie osseuse grave. Pour résister à ses souffrances, Issey Miyake se blinde d’un tempérament tendant à l’optimisme, dont ne cessera de le porter pour le reste de sa carrière.

Le jeune homme a vingt ans quand il met pour la première fois les pieds dans le monde du design en intégrant l’Université des beaux-arts de Tama, à Tokyo. En 1960, alors que la World Design Conference est organisée pour la première fois dans la capitale japonaise, le jeune étudiant en design écrit une lettre au président du comité. Il y dénonce notamment le manque de place accordée à la mode dans le programme. Junzō Sakakura, alors à la tête du comité, entend le jeune homme dont obtient gain de cause.

Dès le défilé de sa première collection A poem of Cloth and Stone en 1963, Issey Miyake se place comme un révolutionnaire de la mode, qu’il voudrait plus populaire et plus visuelle. Fraîchement diplômé, le Japonais embarque pour Paris et s’y installe dès 1965 pour étudier à l’école de la Chambre syndicale de la Couture parisienne. C’est d’ailleurs sur les bancs de cette école qu’il fait la rencontre d’un autre styliste japonais, Kenzō Takada. À partir de son arrivée à Paris, l’artiste tisse un lien particulièrement fort avec la France.

Populaire et novateur

Sa carrière dans la mode commence véritablement en 1966 alors qu’il travaille comme assistant designer chez Guy Laroche, puis chez Givenchy. A cette même période, le jeune designer va assister à la révolte étudiante de mai 1968, dont marquera définitivement sa exécution de la mode et du vêtement. Issey Miyake se décide à créer des vêtements universels et confortables dont ne s’adressent pas seulement aux privilégiés. « Mes premières années à Paris ont été importantes pour moi, car elles ont servi de tremplin à ma carrière, les notions de beauté et d’esthétique du corps humain restent trop rigides pour moi. Heureusement, les perceptions se trouvent bouleversées par le vent de liberté dont soufflait en 1968 », dira-t-il.

En 1970, Issey Miyake retourne à Tokyo pour ouvrir son studio de création tandis que ses premières boutiques, dispersées entre Paris et Tokyo, ouvriront leurs portes quelques années plus tard. La première collection Issey Miyake sera présentée en 1971 préalablement l’ancienne reine des rédactrices de mode, Diana Vreeland, alors rédactrice en chef du magazine Vogue. Dans les années 80, Issey Miyake agrandit son parc de magasins. Sur les étagères épurées reposent vêtements et accessoires confectionnés avec des matériaux encore jamais utilisés dans la mode (fil de fer, raphia, papier artisanal japonais, crin).

préparateur de la mode

Avec des chercheurs textiles et des ingénieurs modélistes au sein de son laboratoire de recherche-développement, il a également créé une fibre synthétique à partir d’une matière chimique recyclée, en partenariat avec une firme nippone. « Mon travail a toujours été un processus d’édontpe (…). On voit toujours les choses différemment quand on permet aux autres de faire partie d’un processus créatif », expliquait cet authentique préparateur de la mode au New York Times en 2014.

Lancée à partir de 2010, sa principe de sacs géométriques et en colline « Bao Bao » a encore renforcé son aura. Issey Miyake était aussi le fournisseur attitré des célèbres pulls à col roulé noirs de Steve Jobs, le cofondateur et ancien patron d’Apple. « Issey Miyake, c’est un homme de recherche, un découvreur, un grand inventeur dont a conçu et utilisé des matériaux et des textures uniques au monde », résumait en 2021 auprès de l’AFP l’ancien ministre français de la Culture Jack Lang, soulignant aussi son « élégance morale, intellectuelle » et sa « profonde humanité ».

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