Qui était vraiment le manager des Sex Pistols ? La BD « Malcolm McLaren, l’art du désastre » revient sur ce personnage controversé

Personnage controversé de l’histoire du rock’n’roll, qui était vraiment le manager des Sex Pistols ? Un génie ou un escroc ? Un visionnaire ou un as du marketing ? Un révolutionnaire ou un vulgaire vendeur de pantalons ?

Malcolm McLaren, figure majeure de l’ère punk, était un peu tout cela à la fois, si l’on en croit l’album épatant que lui consacrent Marie Eynard et Manu Leduc (au récit) avec Lionel Chouin au dessin. Même son « frère choisi », le couturier Jean-Charles de Castelbajac, qui signe la préface de l’ouvrage, et voit en lui un « enfant du situationnisme » au « souffle révolutionnaire » doté de tous les talents, n’oublie pas de souligner les paradoxes du personnage.

Une planche de la BD « Malcolm McLaren, L’art du désastre » de Manu Leduc, Marie Eynard et Lionel Chouin. (FUTUROPOLIS)

Cette BD raconte donc les tribulations du Britannique McLaren de sa naissance en 1946 à 1979, peu après la séparation des Sex Pistols. Comment il monta de toutes pièces le groupe phare du punk comme on monterait aujourd’hui un boys band, avec l’aide de sa compagne, la styliste Vivienne Westwood, et ce après avoir découvert le punk américain à New York avec les New York Dolls et Richard Hell.

On voit à quel point il ne renonçait à aucune provocation pour faire le buzz. Sa propension à manipuler le groupe, le maintenant dans la précarité pour en cultiver la révolte. Combien il misait tout sur la rage du chanteur John Lydon alias Johnny Rotten, allant jusqu’à l’excéder avant de monter sur scène pour mieux lui faire cracher son venin et fabriquer du danger. Car sa hantise était que les Sex Pistols soient perçus comme inoffensifs et convenus.

Bien vu, le récit est aussi bien renseigné. Il offre en particulier d’intéressants éclairages sur la jeunesse de McLaren et sur l’influence capitale de sa grand-mère, qui lui apporta un soutien indéfectible. Cette femme profondément anticonformiste trouvait « le bien terriblement ennuyeux » et « ce qui est considéré comme mal toujours plus intéressant. » Un principe qui a guidé la vie de McLaren.

Autre piqûre de rappel, le fait que cet artiste contrarié était adepte du situationnisme, dont il appliqua à sa façon les principes dans toutes ses réalisations, avec un art consommé de la provocation et du renversement des codes.

Une planche de la BD « Malcolm McLaren, l’art du désastre » de Manu Leduc, Marie Eynard et Lionel Chouin.  (FUTUROPOLIS)

Une scène réjouissante de la BD le montre arpentant les rues déguisé en père Noël à l’hiver 1968, criant « Consommez massivement, bande d’esclaves ! C’est la tyrannie de Noël ! Noël n’est qu’une invention du capital ! Libérez-vous de l’aliénation publicitaire ! ». Dans une autre scène, il expose son projet auprès de sa bien aimée grand-mère : « Tu vois ces monceaux d’ordures, et bien la matière première de notre œuvre d’art ce sera ça… Tout ce que les gens ne regardent pas ! Ces aspects d’eux-mêmes qu’ils refusent de voir. Nous rendrons cette laideur sublime. »

Le trait du dessinateur Lionel Chouin, vif, énergique et sans chichis, croque parfaitement les profils et les situations, et colle plutôt bien au sujet. De concert avec la narration, le graphisme explose le format classique en sortant des cases, comme un clin d’œil aux fanzines punk et au chaos créatif de cette époque.

Une planche de la BD « Malcolm McLaren, l’art du désastre » de Manu Leduc, Marie Eynard et Lionel Chouin. (FUTUROPOLIS)

On ignore si les auteurs entendent faire de leur BD une petite entreprise de réhabilitation, mais force est de constater que le personnage qu’ils décrivent avec humour finit par devenir plutôt sympathique tant il apparaît sincère dans son désir de secouer les fondements de la société en mettant à nu ses hypocrisies. Autre bon point : le rappel de son soutien à Sid Vicious dans l’adversité, et ce jusqu’au bout, y compris après son arrestation pour le meurtre de sa compagne Nancy Spungen.

Toutefois, comme le lui dit sans ambages dans un passage de la BD son ami feu le Français Marc Zermati, grand témoin de l’ère punk auquel cet ouvrage est dédié : « Tu n’as jamais rien compris au rock, t’es un type de la mode, c’est tout ! » Un type dont le génie consista à être un des premiers à faire du commerce en prétendant dénoncer la société de consommation.

« Malcolm McLaren, L’art du désastre » par Manu Leduc, Marie Eynard et Lionel Chouin, avec Philippe Ory à la couleur (Futuropolis, 25 euros)

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