Marine Le Pen et la Russie : l’ambiguïté, encore et toujours

Nous en avons déjà parlé, en effet : les positions de Marine Le Pen vis-à-vis de la Russie n’ont cessé de varier depuis le début de la guerre en Ukraine. Mercrerdi 13 avril, en conférence de presse, elle a longuement précisé ses orientations diplomatiques. Et cette fois-ci, les choses semblent plus claires. « Dès que la guerre russo-ukrainienne sera achevée et aura été réglée par un traité de paix, déclare Marine Le Pen, je me prononcerai en faveur de la mise en œuvre d’un rapprochement stratégique entre l’Otan et la Russie, comme cela avait été naguère envisagé. »

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La candidate du Rasemblement national se prononcera en faveur d’un rapprochement stratégique avec la Russie. Alors, notez qu’elle ne parle plus de la France, mais bien de l’Otan en général. Cela étant dit, le mot clé de cette phrase, c’est bien sûr : « rapprochement stratégique ». Il s’agit bien d’une restructuration des alliances internationales, dans le but, elle l’évoque ensuite, de se positionner contre la montée en puissance de la Chine. Une position certes plus claire, mais discutable. Comme Marine Le Pen le dit elle-même, ce rapprochement avait été « envisagé naguère », en l’occurrence, lors du sommet entre Joe Biden et Vladimir Poutine, en juin 2021. Depuis, il y a eu l’agression russe en Ukraine, le massacre de Boutcha et les bombes sur Marioupol : peut-on encore considérer qu’un tel rapprochement soit opportun ? C’est une question qui se pose. 

D’autant que cette clarté… n’était en fait que temporaire ! Jeudi matin, Franck Allisio, porte-parole du Rassemblement national, était l’invité de France Inter. Est-il vraiment certain que la France doive plaider pour un « rapprochement stratégique » avec la Russie de Vladimir Poutine ? « Par définition, un État reconnait les États et pas forcément les gouvernements, assure Franck Allisio, et donc il doit dialoguer avec les gouvernements qui sont à la tête de ces États. / Depuis des années Valdimir Poutine n’est pas exemplaire et pourtant tout le monde a continué à discuter avec lui. Même pendant la guerre froide on discutait, donc oui il va falloir rediscuter avec la Russie. » Les Relations internationales ne se font pas avec les chefs d’État, mais avec les États. Or, La France et l’Otan doivent ben dialoguer avec la Russie. Donc, il faut bien continuer de dialoguer avec son chef d’État, Vladimir Poutine : la proposition de Marine Le Pen serait en fait totalement anodine. 

Franck Allisio joue, ici, sur une ambivalence , celle du mot « dialoguer ». Évidemment que le dialogue entre chefs d’État est toujours possible, y compris lorsqu’ils sont ennemis. D’ailleurs, Emmanuel Macron continue, en ce moment même, de dialoguer avec Vladimir Poutine. Mais entre un dialogue diplomatique et un rapprochement stratégique, il y a une différence : celle de la constitution d’une nouvelle alliance ! Le Rassemblement national s’abrite derrière cette ambiguïté… et ce n’est d’ailleurs pas la seule. « Pendant des décennies, y compris lorsque l’URSS était un régime totalitaire, reprend Franck Allisio, il a bien fallu discuter avec. / L’oppostion entre l’Otan et la Russie n’a pas de raison d’être, alors que la Russie n’est plus un état totalitaire. On ne se bat plus contre la Russie. »

« La Russie n’est plus un état totalitaire, n’est plus l’URSS », estime @franckallisio, porte-parole du Rassemblement national pour justifier le « rapprochement stratégique » que Marine Le Pen souhaite initier avec la Russie #le79inter pic.twitter.com/zWO2gKChAm

— France Inter (@franceinter) April 14, 2022

« L’opposition entre l’Otan et la Russie n’a plus de raison d’être, puisque la Russie n’est plus un état totalitaire « . Alors, la deuxième partie de la phrase est exacte. En science politique, le « totalitarisme » renvoie à une organisation très spécifique des pouvoirs où, pour le dire vite, toute pensée dissidente est empêchée et combattue. L’Allemagne nazie et, effectivement, l’URSS de Staline étaient des régimes totalitaires. La Russie de Valdimir Poutine, elle, se trouve quelque part entre le régime autoritaire et la dictature, ce n’est, effectivement, pas la même chose.  

En revanche ce n’est pas parce que la Russie n’est plus totalitaire… que l’opposition avec l’Otan n’a plus de raison d’être ! Au contraire, on pourrait présenter l’argument inverse, selon lequel la belligérance d’une puissance nucléaire aux frontières de l’Union européenne est une raison pour réactiver l’Otan dans son opposition historique à la Russie !  

À nouveau, le RN joue sur les mots, pour tenter de faire accepter l’idée que les positions internationales de Marine Le Pen seraient anodines, ce n’est pas le cas. Son élection aurait pour conséquence de renforcer considérablement la Russie de Vladimir Poutine sur la scène internationale. On peut juger cela pertinent… mais mieux vaut être au courant.

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