malgré un final en trombe, la « tortue » Jean-Luc Mélenchon échoue une nouvelle fois aux portes du second tour

Il croyait fort à la surprise. « Cette présidentielle, je la sens bien », prophétisait-il dans les colonnes du Journal du dimanche (article pour les abonnés), mi-mars. Jean-Luc Mélenchon a vu son flair contrarié, dimanche 10 avril : le candidat de La France insoumise ne s’est pas qualifié pour le second tour de scrutin. Il récolte 22,2% des suffrages, derrière Emmanuel Macron (27,6%) et Marine Le Pen (23%). « Les plus jeunes vont me dire : ‘On n’y est encore pas arrivés !’ Ce n’est pas loin, hein ! Faites mieux, merci », a-t-il lancé à ses partisans après cette défaite.

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La troisième tentative du tribun de la gauche radicale s’est donc révélée aussi infructueuse que les deux premières, en 2012 et 2017. Lui a-t-il manqué quelques semaines pour grappiller les quelques points nécessaires à une qualification au second tour ? Cette année, Jean-Luc Mélenchon se dépeignait pourtant en « tortue sagace », capable de rattraper tous les lièvres politiques de cette campagne.

C’est pourtant bien lui qui est parti le plus tôt. Il officialise sa candidature dès le 8 novembre 2020, un an et demi avant le scrutin. Sa feuille de route est connue, imprimée dans toutes les têtes de son mouvement politique. D’abord, il faut poursuivre l’opposition frontale à Emmanuel Macron dans les rangs parlementaires de l’opposition. Au Palais-Bourbon, emmené par son leader, le groupe de La France insoumise est l’un de ceux qui ont le plus porté la contradiction face à une majorité accusée d’être composée de « députés godillots ».

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Les autres étages de la fusée doivent s’assembler à l’approche de l’élection présidentielle. « On avait imaginé des séquences », confie fin février un cadre de la campagne. « Jusqu’à la fin du mois de janvier, le tableau devait s’installer avec la découverte des différentes candidatures. L’enjeu pour nous, c’était d’apparaître à la fin de cette séquence en tête de la gauche. La primaire à gauche a un peu retardé tout ça. »

Début décembre, Jean-Luc Mélenchon refuse d’emblée de participer à la Primaire populaire (qu’il critique vertement), laquelle désigne Christiane Taubira. Celle-ci décidera de jeter l’éponge début mars et les organisateurs de la Primaire populaire finiront par soutenir Jean-Luc Mélenchon. 

Au début de l’année, au coude-à-coude avec Yannick Jadot dans les sondages, le député des Bouches-du-Rhône poursuit sa campagne avec, comme en 2017, la volonté d’innover pour marquer les esprits. Un meeting immersif et olfactif se tient à Nantes, le 16 janvier. L’événement fait parler. Le candidat Mélenchon revient au centre du jeu à gauche. 

« On avait ensuite pensé à une grosse médiatisation fin janvier, début février, sur les grandes chaînes pour installer la candidature. »

Un cadre de La France insoumise

à franceinfo

Lentement, mais sûrement, la « tortue sagace » creuse l’écart avec ses principaux rivaux de gauche pour se rapprocher du peloton de tête de cette élection. « La dernière séquence consistait à installer l’idée qu’on puisse gagner et qu’il fallait se regrouper derrière Jean-Luc Mélenchon », prolonge le cadre LFI. Au fil des semaines, la petite musique du second tour et du « vote efficace » s’installe, comme un air de déjà-vu. Est-ce la même campagne qu’en 2017 qui se rejoue ? Une même « marche pour la VIe République », le 20 mars, un nouveau meeting dans plusieurs villes de France grâce aux hologrammes, le 5 avril… Les réunions de campagne voient toujours s’agiter les drapeaux barrés de l’incontournable symbole « phi » de La France insoumise, tandis que le candidat défend point par point les mesures de l’Avenir en commun, le programme quasi inchangé du candidat.

Mais Jean-Luc Mélenchon le sait : pour enfin se qualifier, il doit séduire une partie de ceux qui ne l’ont pas soutenu en 2017, notamment à gauche. Un pari à moitié réussi : la socialiste Anne Hidalgo (1,8%), l’écologiste Yannick Jadot (4,7%) et le communiste Fabien Roussel (2,4%) sont laminés dans les urnes, mais pas suffisamment pour permettre au candidat de La France insoumise de se qualifier.

Le mouvement cible aussi les personnes tentées par l’abstention et les indécis. « Si vous allez chercher trois points du côté du reste de la gauche et trois points du côté de ceux qui n’avaient pas prévu d’aller voter, ça commence à prendre forme », insistait Manuel Bompard, directeur de campagne, à la mi-mars.

Les calculs étaient peu ou prou les mêmes en 2017, lorsque Jean-Luc Mélenchon avait terminé quatrième, loin devant le socialiste Benoît Hamon. Pour s’assurer d’un bon résultat à la fin de l’opération, le mouvement s’étoffe, se muscle. L’Union populaire et son Parlement, une sorte de sas pour soutenir le candidat sans être membre de La France insoumise, sont lancés. Garnie d’intellectuels, d’universitaires et d’artistes, la structure relève « d’abord et avant tout d’une logique d’affichage », analyse le politologue Manuel Cervera-Marzal, spécialiste du mouvement. Pour quadriller la France et proposer des dizaines de réunions publiques chaque semaine, les militants ont pu utiliser l’Action populaire, un réseau social de mobilisation électorale fait maison.

Tous les étages de la fusée Mélenchon sont en place. En mars, les cadres de La France insoumise ont le sourire : le décollage est progressif, mais visible dans les courbes des sondages et dans l’affluence croissante lors des réunions publiques. « On est entrés dans le storytelling du second tour, ce n’était pas gagné », confie alors, soulagée, la députée Clémentine Autain.

Toutefois, dans les derniers jours de campagne, alors que la mobilisation redouble d’intensité, Marine Le Pen est celle qui profite de la meilleure dynamique de campagne. Le second tour s’éloigne peu à peu pour Jean-Luc Mélenchon, distancé dans cette course qu’il pensait finir par gagner, à l’usure, avec une machine militante plus huilée que jamais. Dimanche, au soir de sa défaite, le chef de file de La France insoumise a répété qu’il ne fallait « pas donner une seule voix à madame Le Pen ».

Se dessine maintenant un avenir flou pour La France insoumise, mouvement mené par un leader charismatique, lui-même épaulé par des lieutenants plus que des successeurs. Jean-Luc Mélenchon va-t-il définitivement passer la main à ses collègues de l’Assemblée nationale ? Les membres du groupe parlementaire, comme Adrien Quatennens, Clémentine Autain ou Mathilde Panot, sont désormais tournés vers les élections législatives des 12 et 19 juin. Leur réélection leur permettrait de continuer à porter la voix d’une opposition de gauche radicale, tout en se positionnant pour la suite.

« Certains, dans le parti, ont sans doute des arrière-pensées, c’est humain, reconnaît un député. L’intelligence de tout le monde sera de se mettre derrière le mieux placé. On ne le voit pas comme un motif d’inquiétude, mais simplement comme une situation nouvelle, différente. » L’après-Mélenchon est ouvert.

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