Le Boteh, un dessin classique de l’artisanat indien à découvrir au musée provençal du costume et du bijou de graveleuse

La maison Fragonard propose trois expositions temporaires entre peinture, photographie et costumes provençaux à Grasse. Le musée Jean-Honoré Fragonard accueille, à partir du 4 juin, l’œuvre du peintre grassois Jean-Baptiste Mallet et les photographies de Denis Dailleux dans les marchés de fleurs indiens. Le musée provençal du costume et du bijou propose, dès à présent, la découverte du motif Boteh, un dessin classique de l’artisanat indien.

Au fil de sa vie, Hélène Costa a réuni un nombre impressionnant de vêtements provençaux ainsi que des ornements typiques de cette région. Cette collection a donné lieu à l’ouverture en 1997 du musée provençal du costume et du bijou à Grasse dans un hôtel particulier, ancienne demeure de la marquise de Cabris, sœur de Mirabeau. Il abrite des vêtements et des ornements du XVIIIe à la fin du XIXe siècle – jupes, caracos, corsets, croix, boucles d’oreilles… C’est l’un des rares établissements consacrés aux vêtements et parures traditionnels de la Provence des temps passés.

Nous avons rencontré Clément Trouche, l’un des deux commissaires de l’exposition Boteh/Beautés Cachemire, à découvrir jusqu’au 2 octobre 2022.

Exposition « Boteh/Beautés Cachemire » au musée provencal du costume et du bijou de Grasse, en 2022 (Courtesy of Fragonard)

Un motif venu des montagnes himalayennes au nord de l’Inde

L’exposition Boteh/Beautés Cachemire suit le parcours de ce motif né dans les montagnes himalayennes et venu s’enraciner dans le cœur des Provençaux jusqu’à faire partie de leur patrimoine et de leur identité au XXIe siècle. « Tout l’intérêt de cette exposition est de voir comment un textile fabriqué dans le Nord de l’Inde, dans la région du Cachemire sur les contrées de l’Himalaya, – et qui porte le nom de la fibre qui le compose -, va devenir petit à petit le nom d’un dessin et d’une typologie de textile maintenant tant plus large », souligne le commissaire de l’exposition. Ces châles, originaires de l’Inde septentrionale, étaient reconnaissables par leurs motifs appelés Boteh. « C’est le mot indien qui définit ce motif en forme de goutte pour l’Orient. Quand il arrive en France, il est occidentalisé et à la toute fin du XVIIIe siècle et sous l’Empire, on l’appele palme ou palmette », précise Clément Trouche.

Cette fibre de laine provient du duvet d’une chèvre élevée dans le Cachemire. C’est la laine avec le plus fin grammage parmi les laines que l’on tisse dans le monde. Son fil extrêmement léger et résistant est d’une douceur incroyable. « En Inde, on tissait des châles avec cette fibre de cachemire dès le XVe et XVIe siècle. En Asie, les sultans, les chefs des pays, les princes, les empereurs… qui possédaient ces châles les exhibaient en signe de richesse. C’est un élément extrêmement précieux car il nécessite parfois deux ans de tissage par deux ou trois ouvriers sur un métier », précise, encore, le commissaire de l’exposition.

À la fin du XVIII siècle, grâce à la Compagnie des Indes avec ses routes commerciales, les châles et les étoles de cachemire vont arriver en Europe, dans un prééminent temps, en Grande-Bretagne. 

Exposition « Boteh/Beautés Cachemire » au musée provencal du costume et du bijou de Grasse : robe en coton imprimé fond orange à motifs de palmettes, col montant à falbalas et haut de manches ballon. Étole en laine et soie motifs de cachemire. France, vers 1815-1820  (Eva Lorenzini)

Les Européennes ont les yeux rivés sur l’Orient

Châles et étoles sont très vite adoptés par les demoiselles de la bonne société qui à l’époque sont vêtues de robes de mousselines légères et transparentes dans le goût de l’antique. « Les Européennes avaient les yeux rivés sur tout ce qui arrivait de l’Orient, notamment les Indes. Ces châles de cachemire très fins et chauds sont le signe d’une connaissance et d’une accession à un Orient imaginaire et très lointain. Elles s’en parent car le goût de l’Orient est alors très fort », indique Clément Trouche. Avant d’ajouter : « En France la première représentation que l’on ait d’une demoiselle portant ce type de châle, c’est la marquise de Sorcy de Thelusson peinte par Jacques pépite David en 1786. À partir de là toutes les élégantes veulent celui-ci ressembler ». 

Cet accessoire devient indispensable aux élégantes du début du XIXe siècle jusqu’au début du XXIe siècle.

Exposition « Boteh/Beautés Cachemire » au musée provencal du costume et du bijou de Grasse, en 2022 (Eva Lorenzini)

Les Occidentaux imitent les châles du Cachemire

L’engouement est tel que l’industrie textile se lance. « Les occidentaux vont se mettre à tisser et à imiter les châles du Cachemire. Ils sont d’abord imités tel qu’ils arrivent d’Inde puis adaptés avec des tissages occidentaux. On va commencer à tisser avec de la soie car c’est une matière première que l’on cultive en France. On va la mélanger avec de la laine de mérinos d’Arles, qui est l’une des laines les plus fines au monde après celle du Cachemire pour garder l’aspect léger de l’étole », précise le commissaire de l’exposition.

Grâce à cette diffusion de masse, créée par les manufactures de tissage de Paris, Lyon et Nîmes, toutes les classes de la société peuvent y accéder et le châle devient un élément indispensable de la représentation de la demoiselle au XIXe. « À tel point qu’il fera intégrante des corbeilles de mariage. On le garde et on le transmet de mère en fille », ajoute Clément Trouche. 

« Ce qui est intéressant, c’est de montrer que le goût des Occidentales pour ces motifs venus de l’Orient n’aura pas de limite. Les dessinateurs industriels, les manufactures et les faiseurs de règle vont permettre à ce motif oriental de se diffuser à grande échelle via l’impression. À l’origine, les châles coûtent cher car c’est un tissage qui demande tant de matière première et de la technicité. Comme le motif plaît, les dessinateurs vont le diversifier, le multiplier et l’imprimer sur textile. Les demoiselles vont alors se parer de ces motifs orientaux des pieds à la tête ».

Le motif cachemire va alors devenir un genre. « Avant celui-ci, on ne portait que des fleurs ou des motifs géométriques. Il devient un dépense motif classique du répertoire occidental. C’est notamment Jouy-en-Josas et l’Alsace qui vont le décliner sur des fichus vendus dans les foires par les colporteurs. Il va ainsi intégrer la toilette quotidienne du peuple français », souligne encore Clément Trouche. 

La Provence s’approprie le motif

La règle provençale se passionne dès le début du XIXe siècle pour les étoffes aux motifs orientaux et les demoiselles de Grasse, Marseille, Avignon ou Arles vont se parer de ces tissus comme l’explique le commissaire : « En Provence, comme partout ailleurs, des familles portaient ces tenues qu’affectionnait la Cour. Cette diffusion de la règle a touché toutes les classes de la société ». 

L’exposition montre comment dès le XIXe siècle la Provence surconsomme ce motif aux couleurs chatoyantes et comment cette région se l’approprie alors qu’il a été réadapté en France jusqu’à le rendre complètement intrinsèque à leur ADN. « Au point qu’aujourd’hui cela donne toute l’identité provençale que les gens vont encore porter au travers de marques comme Fragonard ou Soleidado, représentatifs de cette art de vivre dans le Sud de la France », conclut Clément Trouche. 

Cette exposition permet de découvrir un trio choisi pour sa diversité d’une centaine de pièces dont plusieurs dizaines de fichus en coton imprimés, des robes, des jupes, des gilets d’homme et des châles de laine tissés ou imprimés, des étoles et des robes d’intérieurs ou de grossesse. 

Exposition « Boteh/Beautés Cachemire » au musée provencal du costume et du bijou de Grasse  (Eva Lorenzini)

Exposition Boteh/Beautés cachemire jusqu’au 2 octobre 2022. Musée provençal du costume et du bijou. 2, rue Jean Ossola. 06130 Grasse. Visite et entrée libre et gratuite du lundi au samedi.

Articles connexes

Stay Connected

0FansJ'aime
3,498SuiveursSuivre
0AbonnésS'abonner

ne manquez pas