«Je me suis dit, ça passe ou ça casse!»

Après son prometteur succès, dimanche, sur Paris-Roubaix juniors (111 km dont 29, 2 km de secteurs pavés), le jeune luxembourgeois Niels Michotte (AG2R-Citroën U19) revient sur une sacrée journée.

Niels Michotte a réalisé un bel exploit en remportant ce Paris-Roubaix juniors. Si Bob Jungels avait remporté l’édition 2012 chez les espoirs, jamais un junior luxembourgeois ne s’était encore imposé.

Solide (1, 91 m pour 77 kilos), ce coursier de 17 ans (il aura 18 ans le 10 mai prochain) fait déjà preuve d’une belle maturité et il nous raconte dans le détail comment il s’est imposé…

Que ressentez-vous, quelques heures seulement après votre succès?

Niels Michotte : C’est fou!

Vous pouvez raconter votre course?

Durant les cinquante premiers kilomètres, moi et mon équipe, sommes restés tranquille dans le peloton. On a filtré les attaques et surveillé les favoris. Je suis parti en échappée à un moment pour bloquer un peu la course, car j’avais un équipier qui était devant (NDLR : le Français Matys Grisel). Puis je me suis relevé. Ensuite, on a attaqué le deuxième gros bloc de la journée, avec le secteur Mons-en-Pévèle. Là, j’ai chuté en sortie de virage. Je m’en suis rapidement remis et j’ai réintégré le premier groupe. Ma jambe gauche avait toutefois bien tapé le sol. Je commençais à avoir des crampes, c’était chaud. J’ai mis quinze, vingt minutes à remettre avec l’aide de mes coéquipiers qui tenaient mon vélo lorsque je m’étirais. Et puis j’ai fini par trouver qu’à chaque sortie de virage, cela devenait dur. Je me suis dit qu’il me fallait faire un effort plus constant. Donc dans une légère descente en bas d’un pont d’une autoroute, je suis passé sur la droite de la chaussée et personne ne m’a suivi! Je roulais 10 km/h de plus que le peloton à cet endroit et je suis passé un peu comme une fleur! Personne ne voulait me suivre (rires). Je me suis retourné, j’avais vingt mètres d’avance, j’ai continué…

Et ensuite?

J’ai été rejoint par un Français (Victor Dattin) et un Danois (Henrich Brener Pedersen). Mais les deux ne voulaient pas collaborer, leurs leaders étaient derrière. Donc, dans le secteur suivant, j’ai effectué un gros tempo et j’ai vu qu’il y avait un trou (NDLR : juste avant le secteur de le secteur pavé de Camphin-en-Pévèle). J’ai poursuivi mon effort. Je me suis dit : « allez, je fais un effort solitaire sur une vingtaine de kilomètres, ça passe ou ça casse! » Et c’est passé…

«Tu rentres tranquille dans le vélodrome, mais la foule, criait, c’est incroyable, à l’arrivée, je me suis lâché!»

À quel moment avez-vous commencé à y croire?

Dans le secteur du Carrefour de l’Arbre, ou plutôt, juste après le Carrefour de l’Arbre, un secteur vraiment difficile, très, très dur. Chaque coup de pédale me faisait grincer les dents! Il porte bien ses cinq étoiles ce secteur, il n’y a aucun doute là-dessus. Et lorsque j’ai entendu que j’avais une minute trente, une minute quarante d’avance, j’ai commencé à y croire! Mais j’ai essayé de garder la tête froide et de contrôler mes émotions. Je voulais surtout ne pas chuter ou subir un bête incident mécanique. Certes, j’étais à bloc, mais j’évitais de prendre des risques inutiles. Mon rythme restait constant. Ce qui faisait mal, c’est que j’avais le vent de face. Lorsque j’ai passé la flamme rouge du dernier kilomètre, j’y ai cru, j’avais encore une minute vingt d’avance. Je me souviens de m’être dit : ne te loupe pas dans le dernier virage! ». C’est le moment où l’euphorie a commencé par grimper (rires)… Tu rentres tranquille dans le vélodrome, mais la foule, criait, c’est incroyable, à l’arrivée, je me suis lâché!

Votre coéquipier Léandre Lozouet termine troisième et complète le triomphe de votre équipe AG2R-Citroën U 19…

Oui, c’est magnifique. L’équipe avait fait un boulot énorme, énorme (il répète) ces deux dernières semaines. On avait préparé tout le matériel qu’il nous fallait. On était arrivé mercredi pour la première reconnaissance. Tous les jours, on est repassé sur le parcours. On connaissait quasiment tout par cœur. J’ai attaqué à un endroit clé du parcours. À l’entraînement, on avait anticipé qu’à cet endroit, le peloton allait se relever. Ce n’était pas prévu que moi, je parte, mais cela s’est fait comme ça et j’en ai profité. Tout avait été fait parfaitement. Au niveau mécanique, nous avions des soucis avec nos freins hydrauliques qui perdaient de leurs efficacités. Des bulles d’air remontaient. Le mécano a refait tous les étriers des trois vélos de chaque coureur. Un travail énorme! Il y a passé une partie de ses dernières nuits… Ma victoire, c’est juste la cerise sur le gâteau pour une course d’équipe parfaite.

Il y a eu également une reconnaissance dans la semaine avec l’équipe professionnelle. Racontez…

Oui, et je l’ai remarqué dans les secteurs difficiles, je pouvais rattraper certains concurrents. Les pros nous avaient montré les lignes à suivre sur les pavés. Lorsque des coureurs comme Greg Van Avermaet, Oliver Naesen, Michael Schär vous montrent où mettre ses roues sur les secteurs, cela devient plus simple. On a vraiment vu que le placement de la roue est essentiel. Entre les bas-côtés à éviter à cause des silex qui font des crevaisons et le haut du pavé qui tape fort, il y a des lignes à suivre.

Encore faut-il avoir le physique…

(Il rit) Oui, c’est clair. Mais la technique sert beaucoup. Il n’y a pas photo.

«Ma saison avait été compliquée avec pas mal de maladie»

Comment résumez-vous votre saison jusqu’ici?

Ce fut très compliqué. J’ai connu beaucoup de bas. Avec pas mal de maladie. Le Covid m’a mis à plat pendant une semaine et demie. J’étais au lit. Puis, de retour d’un stage de préparation en Espagne, mon corps n’a pas supporté le changement de climat. Je suis revenu avec une bronchite au moment de Kuurne-Bruxelles-Kuurne que je termine 48e seulement. Ensuite, j’ai couru de bonnes courses en France, mais pour Gand-Wevelgem, j’ai dû déclarer forfait, j’ai de nouveau été grippé avec de la fièvre. Comme la moitié de l’équipe. C’était dur mentalement. Mais la semaine dernière, j’ai pu me préparer au mieux et de façon intensive. Cela m’a bien aidé.

Malgré votre jeune âge, on peut dire que vous êtes typé coureur de classiques flandriennes?

Oui, clairement. C’est la route que je veux emprunter. Je pense que j’ai des aptitudes pour ça. C’est la première fois que je fais Roubaix même si j’avais participé aux courses minimes et cadets par le passé. L’an passé, pour cette course, j’étais blessé, je m’étais fracturé bras. J’avais dû faire l’impasse sur Roubaix comme sur les championnats d’Europe et les championnats du monde d’ailleurs. C’était un coup dur pour moi, car je n’avais pu acquérir de l’expérience. Mais Léandre Lozouet, mon coéquipier, avait terminé onzième l’an passé et son expérience nous a servi. Cela a contribué au succès final.

«Ma passion vient de (Peter) Sagan. Il a toujours été mon idole, je regardais sa façon de courir»

Vous continuez les études?

Oui je suis au Lycée. Je garde la double carrière si je peux dire. Je veux avoir le bac dans la poche. Et après, je veux me concentrer à fond sur le vélo pour tenter d’atteindre mon rêve et de rouler un jour en WorldTour. Mais je ne suis pas pressé.

D’où vous vient cette passion pour le cyclisme?

(Il rit) J’ai commencé quand j’avais dix ans. Depuis que je suis tout petit, je regarde toutes les courses. En fait, ma passion vient de (Peter) Sagan. Il a toujours été mon idole, je regardais sa façon de courir. Je garde en mémoire ses succès dans Paris-Roubaix, le Tour des Flandres. Il m’a fait rêver. Comme j’ai la carrure (physique) pour faire ces courses flandriennes, je suis à bloc dedans! Mon grand frère Joé, roulait aussi. Il a eu un beau parcours qui a contribué certainement à mon développement.

Pour finir, quelles seront vos prochaines courses?

Le prochain rendez-vous, c’est dans deux semaines, le Grand Prix E3 juniors. Entre les deux, je vais partir une semaine au Portugal pour faire un sage sur piste avec l’UEC (Union cycliste européenne). On m’a proposé ça, ça ne peut pas me faire de mal! C’est un apprentissage qui va me porter, je pense. Je vais apprendre…

Recueilli par Denis Bastien

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