Emmanuel Macron sonne « la mobilisation générale » lors d’un grand meeting à 8 jours du premier tour

Un show à l’américaine. « 10, 9, 8… », hurle le chauffeur de salle alors qu’un décompte est lancé sur les écrans géants de la Défense Arena, près de Paris. Il est 16h20 quand Emmanuel Macron fend la foule, entouré de dizaines de feux de bengale allumés. Cela faisait déjà une heure que les soutiens du président donnaient de la voix pour leur champion. Clapping, ola, vidéos des cinq années passées… Plus de 30 000 personnes, selon les équipes du candidat, se sont données rendez-vous pour son seul meeting, à huit jours du premier tour. Alors que la guerre en Ukraine a empêché le locataire de l’Elysée de s’engager dans cette élection comme il l’entendait, ce dernier a conçu son unique rassemblement comme une démonstration de force. 

Arrivée d’Emmanuel Macron en mode super bowl pic.twitter.com/hInC01Qc4K

— Margaux Duguet (@MargauxDuguet) April 2, 2022

Un impératif alors que sa campagne a minima connaît un trou d’air avec une baisse dans les sondages, marquée par un resserrement des courbes avec Marine Le Pen dans le cas d’un éventuel second tour. « On aurait tort de passer de l’euphorie à la fébrilité en 10 jours. Entre les deux, il y a la lucidité », relativise un cadre de LREM en début du meeting. « Je sais qu’une élection, a fortiori la présidentielle, est toujours difficile », observe cependant un proche d’Emmanuel Macron. 

Mais chez les militants d’En Marche, l’enthousiasme est bien là. « La campagne va prendre une nouvelle dimension avec ce meeting, il faut être optimiste ! », veut croire Simon, 18 ans, engagé aux « JAM », les Jeunes avec Macron. « Si vous en doutez, l’énergie est encore là », lui a répondu à la tribune le chef de l’Etat, lors d’un discours-fleuve de plus de deux heures, entrecoupé de deux vidéos.

Après plus d’une heure et demi consacrée au bilan du quinquennat et au programme pour les 5 ans à venir, il a cependant fallu attendre la fin du discours pour voir un Emmanuel Macron offensif et dans la peau — enfin — d’un candidat. « Ne croyez pas les sondages et les commentateurs qui seraient formels et disent que l’élection est déjà jouée, que tout va bien se passer », a affirmé le président. Citant le Brexit, mais aussi sa propre victoire en 2017, il a rappelé que de nombreuses élections paraissaient « improbables ». 

« Je ne veux ni l’arrogance ni le défaitisme mais la mobilisation générale. »

Emmanuel Macron

lors de son meeting à Nanterre

« Je n’écoute ni ceux qui disent que l’on a déjà gagné ni les Cassandre », a poursuivi Emmanuel Macron. Sur fond de « 5 ans de plus » scandé par ses partisans, le locataire de l’Elysée a assuré que « les choix d’avril » étaient « simples au fond » : « Vous voulez une France de la parité, de l’écologie et du progrès ? Aidez-nous, rejoignez-nous. Vous voulez une France éducative, sportive et culturelle ? Aidez-nous, rejoignez-nous… » 

Emmanuel Macron en meeting à la Défense Arena, le 2 avril 2022.  (LUDOVIC MARIN / AFP)

Face à un parterre de politiques, allant des membres du gouvernement à l’ancien Premier ministre Edouard Philippe, en passant par les nouvelles recrues de chez LR (comme Eric Woerth), Emmanuel Macron a particulièrement insisté sur deux grands thèmes que sont l’éducation et la santé, dans le but, dit-il, « de corriger les inégalités à la racine ». Un clin d’oeil appuyé à sa jambe gauche qui semble plus en retrait que sa jambe droite dans son programme.

Evoquant le scandale des Ehpad Orpea, Emmanuel Macron a d’ailleurs multiplié les signes envoyés aux électeurs de gauche jusqu’à reprendre le slogan historique du NPA (Nouveau parti anticapitaliste)  de Philippe Poutou. « Nos vies, leurs vies valent plus que tous les profits », a-t-il lancé. Le candidat a aussi appelé « tous ceux de la sociale-démocratie au gaullisme en passant par les écologistes » à le rejoindre. 

Tout au long de son discours, le président-candidat a attaqué ses adversaires, en particulier l’extrême droite. Sur le relèvement de l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans qu’il défend, par exemple : « Ne croyez pas ceux qui vous disent que l’on peut faire la retraite à 60 ans ou à 62 ans et que tout ira bien, ce n’est pas vrai », a-t-il lancé, assurant « assumer qu’il faudra travailler plus ». Sur la guerre en Ukraine et le contexte international ensuite : « Face à ce retour du tragique dans l’histoire, nous ne sommes pas, nous, de ceux qui attisent les peurs et recherchent des boucs émissaires, ça ne sert à rien. Nous ne sommes pas de ceux qui nous résignent », a-t-il lancé.

« Et bon courage à ceux qui, face à la Russie, prônent le grand repli ! Et bon courage à ceux qui, face au retour des empires et aux défis des temps, défendent le grand rabougrissement ! »

Emmanuel Macron

à Nanterre

C’est à la fin de son discours qu’Emmanuel Macron a concentré ses attaques, sans jamais nommer ses adversaires. « Le danger extrémiste est d’autant plus grand que depuis plusieurs années la haine, les vérités alternatives se sont banalisées dans le débat public. Nous nous sommes habitués à voir défiler sur les plateaux de télévision des auteurs racistes. » Une référence claire à Eric Zemmour. Les huées fusent dans le public. « Ne les sifflez-pas. Combattez-les par les idées ! », corrige Emmanuel Macron. 

Le président enchaîne. « Nous nous sommes habitués à voir des candidats se dire patriotes tout en voyant leur parti et leurs idées financés à l’étranger ». Cette-fois, la cible est Marine Le Pen. Il faut dire que la candidate du RN dépasse, ces derniers jours, la barre des 20%, et l’écart se réduit toujours plus au second tour. Un sondage en particulier, celui d’Elabe publié mercredi, où Emmanuel Macron obtient 52,5% et la candidate du RN 47,5%, donne des sueurs froides à la « Macronie ». « On est vigilants face au RN », lâche une ministre croisée dans les allées du meeting. 

Mais le président ne doit pas seulement faire face aux assauts de l’extrême droite. Il est englué dans une polémique dangereuse, née du recours par l’exécutif aux cabinets de conseil, en particulier l’Américain McKinsey. Les autres candidats ne s’y sont pas trompés en ciblant particulièrement le chef de l’Etat sur cette affaire. « J’ai entendu beaucoup parler d’évasion fiscale et de cabinets américains. Je voulais rappeler à ceux qui s’indignent qu’ils les ont utilisés dans leurs collectivités ou au gouvernement », leur a répondu à la tribune Emmanuel Macron. « C’est un truc monté en épingle, ça prend parce qu’il y a plein d’amalgames, mais ce n’est pas McKinsey qui décide des réformes, ce n’est pas vrai », renchérit une ministre. 

Le président sortant Emmanuel Macron, en meeting à la Défense Arena, le 2 avril 2022.  (LUDOVIC MARIN / AFP)

Cela suffira-t-il à éteindre l’incendie à quelques jours du premier tour ? Le président a en tout cas retrouvé des accents de la campagne de 2017 en vantant « le camp du progrès » contre « celui du repli », mais aussi le dépassement des clivages politiques. « Nous sommes cette lueur d’espoir qui ne faiblit jamais, même lorsque tout semble perdu », a-t-il promis. Quelques temps auparavant, le chauffeur de salle avait demandé aux militants d’allumer leur téléphone portable pour faire « une pluie d’étoiles » dans le noir. On se serait cru à un concert. Les militants sont sortis gonflés à bloc. Mais qu’en pensent les Français ? 

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