retour sur l’histoire du militant nationaliste

Yvan Colonna, 61 ans, est décédé le lundi 21 mars, après de longs jours de coma, à la suite de l’agression par un codétenu de la prison d’Arles. L’homme était condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour l’assassinat du préfet Erignac en février 1998. Retour sur la vie du militant nationaliste.

4 juillet 2003. Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, est en meeting à Carpentras. Du haut de la tribune, sous les applaudissements de la salle, il lance : « La police française vient d’arrêter Yvan Colonna, l’assassin du préfet Erignac. » Quelques heures plus tôt, une unité du Raid a retrouvé le Cargésien dans une bergerie isolée de Porto Pollo.

Yvan Colonna est alors recherché par la police depuis le 22 mai 1999, date à laquelle il prend le maquis. La veille, quatre hommes ont été interrogés par les enquêteurs à Paris sur l’assassinat du préfet Claude Erignac survenu 16 mois plus tôt à Ajaccio. Ils passent aux aveux, reconnaissent une participation, et désignent un tireur : Yvan Colonna. L’homme de 39 ans, berger à Cargèse, devient immédiatement l’homme le plus recherché de France. 

Engagement militant

Né en avril 1960 à Ajaccio, Yvan Colonna passe une partie de son adolescence à Nice. Après l’obtention de son bac, il entame des études pour devenir professeur d’éducation physique et sportive, comme son père Jean-Hugues. Mais en 1981, à 21 ans, il abandonne les bancs de la faculté et rentre en Corse. La même année, Jean-Hugues Colonna est lui élu député socialiste des Alpes-Maritimes, avant d’entrer au ministère de l’Intérieur comme conseiller.

Dans l’île, le jeune Yvan Colonna s’installe dans le village familial de Cargèse en Corse-du-Sud. Il y enchaîne des petits boulots avant de s’installer comme chevrier. Côté politique, il s’engage dans le Syndicat des enseignants corses dès 1982. Un an plus tard, il se présente aux élections municipales de Cargèse sous l’étiquette nationaliste puis devient membre d’A Cuncolta Naziunalista, l’organisation publique du front de libération nationale de la Corse (FLNC).

Après l’éclatement de la famille nationaliste en 1990, Yvan Colonna rejoint les rangs du FLNC canal historique avant de se détacher d’A Cuncolta, sa vitrine légale, en 1993 suite à l’assassinat d’un militant par d’autres nationalistes devenus frères d’armes. Entre 1995 et jusqu’à sa mise en cause dans l’assassinat du préfet Erignac, personne n’entend parler d’Yvan Colonna. Pour les policiers, l’homme « s’est rangé », « a raccroché » et partage son temps entre son travail de berger et l’équipe de football de Cargèse qu’il entraîne. Le militant nationaliste est père de deux enfants.

Trois procès

Le premier procès d’Yvan Colonna se tient entre le 12 novembre et le 12 décembre 2007, quatre ans après son interpellation. Jugé par des magistrats professionnels dans le cadre d’une cour d’assises spéciale de Paris, il comparaît pour « assassinat en relation avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ».

Après un mois de débat, il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. L’un de ses avocats, Maître Antoine Sollacaro, assassiné en 2012, évoque une « erreur judiciaire » et affirme que « le dossier est absolument vide de preuve ». Il annonce faire appel. Cette peine sera confirmée par deux autres procès, l’un en 2009, annulé par la Cour de cassation pour vice de procédure, et l’autre en 2011 où Yvan Colonna est condamnée à la réclusion criminelle à perpétuité. Le berger a toujours clamé son innocence.

La défense d’Yvan Colonna forme un dernier pourvoi en Cassation. Il sera rejeté en juillet 2012. Une décision qui le condamnera définitivement, et fermera la voie à tout recours en France. Un an plus tard, ses avocats saisissent la Cour Européenne des Droits de l’Homme considérant que leur client n’a pas eu le droit à un procès équitable.

Incarcéré depuis 2012 à la maison centrale d’Arles, Yvan Colonna était inscrit au registre des détenus particulièrement signalés (DPS) depuis sa première condamnation. De par ce statut, le militant nationaliste faisait l’objet d’une surveillance particulière et de conditions d’incarcération spécifiques. Il l’empêchait également de tout rapprochement dans une prison insulaire. Un rapprochement qu’il réclamait depuis de nombreuses années. 

Le sexagénaire avait effectué plus de 18 ans de détention. Il pouvait, à l’instar des deux derniers membres du « commando Erignac », prétendre à un aménagement de peine.

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