Réduire la dépendance au gaz russe : objectif ou incantation ?

La réponse ne fait pas trop mystère : c’est bien évidemment la dépendance française et européenne à l’égard du gaz russe qui est en cause. Clément Beaune, secrétaire d’État aux Affaires européennes, a reconnu lundi 14 mars sur BFMTV la nécessité des importations de gaz depuis la Russie. Et il va même plus loin : « Oui, nous sommes dépendants au gaz russe, c’est cela qui crée des difficultés. Nous finançons, à travers cela, l’appareil de guerre russe. C’est évident. »

Le gouvernement français concède, donc, que l’importation de gaz russe finance, de facto, l’effort de guerre de Vladimir Poutine. Le gouvernement français en tire la seule conséquence possible : il va falloir réduire notre dépendance au gaz russe. Les ministres français l’ont dit et répété ce matin, dans des discours très volontaristes. Clément Beaune s’est dit persuadé que « nous allons réduire, par des mesures très fortes, notre dépendance au gaz russe. Il ne faut pas juste décréter qu’on n’a plus besoin du gaz russe : il faut trouver des solutions alternatives et accélérer notre transition écologique. » Sa collègue au gouvernement Barbara Pompili, la ministre de la Transition écologique, a ajouté lundi matin sur RTL : « Ce qu’on doit faire, ce que je suis en train de faire, c’est de baisser nos dépendances sur le gaz et le pétrole russes. »

Nous « sommes en train » de baisser notre dépendance, nous allons « trouver des solutions alternatives », Clément Beaune parle même de « mesures très fortes » : en apparence, pas d’inquiétude, le problème est en train d’être réglé. Mais on peut être sceptique quand on écoute attentivement ces déclarations. Tout se joue, selon moi, dans la structure des phrases. On ne le voit pas forcément passer, mais prêtons attention à ce que disent Clément Beaune et Barbara Pompili : « Je crois que nous allons réduire notre dépendance » ; « Ce que l’on doit faire, c’est de baisser nos dépendances » ; « Il faut trouver des solutions alternatives »…

Croire, devoir, falloir : ce ne sont pas n’importe quels mots. En linguistique, on appelle ça des verbes de modalisation. C’est-à-dire qu’ils n’expriment pas une décision, mais seulement une possibilité. Ils ne sont pas utilisés pour dire ce que l’on va faire, mais seulement ce que l’on espère. En réalité, le gouvernement n’a pris aucun engagement. Les membres du gouvernement se contentent de nous décrire un monde idéal, dans lequel la France ne serait plus dépendante des énergies fossiles russes, sans nous indiquer aucunement comment ils comptent y parvenir : c’est une rhétorique purement incantatoire.

Et d’ailleurs, on comprend assez bien pourquoi : si l’exécutif commençait à annoncer d’ambitieuses mesures en faveur de la transition énergétique, nous serions en droit de lui demander pourquoi ne pas les avoir déployées plus tôt, alors que la lutte contre le réchauffement fait partie des objectifs affichés par le président de la République depuis les tous premiers jours de son mandat !

Mais dans ce cas, il faudrait commencer à s’interroger sur la responsabilité des politiques menés par les gouvernements européens, et notamment français, dans le rapport de force économique dont bénéficie à ce jour Vladimir Poutine. À quatre semaines d’un scrutin dans lequel il joue sa réélection, on comprend que le président Macron ne soit pas pressé de poser cette question…

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