Racisme et préjugés «bien ancrés» au Luxembourg

L’enquête nationale sur les discriminations, commandée en 2020 par le gouvernement, révèle un racisme structurel dans des domaines clés comme l’emploi, l’école ou le logement.

Si on savait que le Luxembourg, dont la moitié de la population est étrangère, n’était pas épargné par le racisme, il était difficile jusque-là d’en évaluer l’ampleur, puisque aucune donnée n’était disponible. Un manque désormais comblé par l’enquête nationale commandée par le gouvernement en 2020 dans le sillage du mouvement Black Lives Matter.

Les résultats de ce long travail du Cefis et du Liser, mené auprès de résidents, de minorités, d’experts de terrain et de témoins issus de la société civile ou de l’administration, ont été présentés hier et révèlent, sans surprise, un racisme structurel, visant principalement les personnes noires et les musulmans.

Pour autant, «l’idéologie raciste – selon laquelle il y aurait des différences génétiques et une hiérarchie entre les races – est relativement rare au Grand-Duché, au sein de la population luxembourgeoise comme immigrée», souligne Frédéric Docquier, le directeur du programme Crossing Borders au Liser. «Avec moins de 5 % des résidents adhérant à cette thèse, elle est nettement moins marquée qu’en Belgique ou en France.»

Alors qu’un tiers des résidents pensent que le racisme a augmenté ces cinq dernières années, la plupart identifient un glissement, d’une forme agressive et directe dans l’espace public à une forme plus sournoise, constituée de microagressions au quotidien et de discours de haine sur les réseaux sociaux.

Un phénomène diffus et moins visible, plus difficile à dénoncer pour les victimes, qui sont 66 % à ne pas les déclarer, jugeant que c’est inutile ou trop compliqué.

En parallèle, l’enquête documente le racisme structurel sévissant dans le pays : des discriminations sont répandues dans des domaines clés de la société comme l’accès au logement (pour 50 % des sondés), la recherche d’emploi (pour 44 %) ou encore l’enseignement (pour 26 %).

Des taux bien plus importants encore parmi les personnes noires et les Portugais. Ce qui montre combien «ces groupes sociaux sont la cible de préjugés bien ancrés dans la société», selon Frédéric Docquier.

Des décisions politiques nécessaires

Parmi les vecteurs principaux de discrimination, la méconnaissance de la langue luxembourgeoise, la couleur de peau ou encore les signes culturels distinctifs arrivent en tête pour près de la moitié des résidents.

Mais de nombreux clichés sont à l’œuvre : les afro-descendants seraient paresseux, les musulmans terroristes, les réfugiés profiteraient des largesses de l’État, tandis que les personnes noires, des pays de l’Est et les Roms sont tenus pour responsables d’une hausse de la criminalité par un tiers des sondés.

Enfin, l’enquête épingle des couacs au niveau légal, comme le droit qui peine à être appliqué, le peu de condamnations pour discrimination, l’impossibilité de se constituer partie civile pour les associations ou encore une assistance judiciaire limitée (un projet de loi est en cours).

Ce qui explique que 68 % des résidents (jusqu’à 80 % parmi les Portugais et les personnes noires ou musulmanes) réclament de nouvelles décisions politiques. Face à ce défi, la ministre Corinne Cahen évoque pêle-mêle campagnes de sensibilisation, guide de bienvenue, charte de la diversité et plan national d’intégration, mais difficile de savoir à ce stade si les ministères réellement impliqués – Justice, Logement, Éducation, Travail – s’empareront de ce rapport pour enfin en finir avec le racisme.

Rapport complet sur le site mfamigr.gouvernement.lu

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