Le marché français de la musique monte le volume… des ventes

Pump up the volume (Monte le volume) scandait en 1987 le groupe Marrs. Une injonction suivie par le marché français de la musique enregistrée avec une croissance à deux chiffres pour 2021 (+14,3%), une première depuis 20 ans. Cette bonne nouvelle pour la filière a été dévoilée mardi par le Snep (Syndicat national de l’édition phonographique), avec la présentation de son rapport annuel lors d’une conférence de presse à Paris.

Ces résultats « ne donnent guère l’occasion aux célébrations en raison des évènements en Ukraine », a toutefois commenté Alexandre Lasch, directeur général du Snep. Et l’industrie musicale est encore loin de l’âge d’or avant le début de la crise du disque : les ventes de musique en France (numérique et physique) retrouvent seulement « un niveau de chiffre d’affaires équivalent à plus de 50% de son niveau historique de 2002 », insiste le Snep.

Mais comment expliquer ces « bons chiffres », expression de Bertrand Burgalat, président du Snep ? Le chiffre d’affaires de 861 millions d’euros est porté par le streaming qui « consolide ses performances », avec des « abonnements en hausse de 15% », a souligné Alexandre Lasch lors de la présentation. Pour le streaming audio, le Snep recense désormais « près de 10 millions d’abonnements payants, qui avec les comptes familles rassemblent 14 millions d’utilisateurs des offres premium ». Avec « les 8 millions d’utilisateurs des offres gratuites, ce sont 22 millions de Français qui écoutent aujourd’hui la musique en streaming audio », poursuit l’organe représentatif.

Si l’écoute hebdomadaire de musique a progressé en France, de près de trois heures en deux ans, « la durée d’écoute via le streaming par abonnement a pour sa part doublé dans le même temps », soit 3h36 hebdomadaires désormais, mentionne encore le syndicat de la filière.

Alexandre Lasch salue aussi les producteurs qui « travaillent activement à multiplier les partenariats avec les plateformes, investissent dans les nouvelles technologies, les nouvelles applications ». Marie-Anne Robert (PDG de Sony Music France et membre du conseil syndical du Snep) décrit également une « époque passionnante pour la musique, avec un dialogue rapproché (grâce aux nouvelles technologies et aux réseaux sociaux) entre les artistes et les fans ».

Le Snep se félicite aussi de la « restructuration du marché de la musique enregistrée » : cette filière « est ainsi parmi les industries culturelles et créatives, l’une des premières à avoir fait du numérique le relais de croissance qu’il est désormais ». En 2021 « pour la première fois, le numérique franchit le cap des 500 millions d’euros, soit à lui seul la valeur du marché de 2015 », établit le syndicat. Sa contribution « au chiffre d’affaires est de 70% comparée aux 20% d’il y a seulement 10 ans », pour ce qui est des ventes (numérique et physique, sans tenir compte des droits voisins et synchronisation).

Dans le détail, le numérique pèse donc 506 millions d’euros, contre 223 millions pour le physique (CD, vinyles). S’ajoutent à cela 109 millions pour les droits voisins (différents des droits d’auteur, ils rémunèrent, entre autres, les producteurs de musique) et 23 millions pour la synchronisation (combiner musique et oeuvre audiovisuelle). 2016 (et en hausse de 50% par rapport à 2020).

La hausse toujours soutenue des revenus générés par le streaming se conjugue ainsi « à une résistance remarquable des ventes physiques », expose encore le syndicat. « Il y a une complémentarité entre streaming et physique », décortique Bertrand Burgalat. Antoine Monin, responsable chez Spotify, confirme que « les modes de consommation (streaming et physique) ne sont pas opposés » chez les mélomanes actuellement. Le Snep pointe ainsi un « rebond de 21% des revenus générés par les supports physiques (CD, vinyle), qui étaient en baisse de 10% avant la pandémie ».

En « hausse significative pour la première fois en 20 ans (+10%) », les ventes de CD « sont encore la deuxième source de chiffre d’affaires du marché », derrière le streaming, peut-on encore lire dans le rapport 2021. Enfin, avec 5,2 millions d’unités vendues en 2021, le vinyle reste un marché de niche (un tiers des ventes physiques) mais en pleine santé, avec un chiffre d’affaires multiplié par trois depuis 2016 (et en hausse de 50% par rapport à 2020).

Moche, polluant, fragile: on l’a affublé de tous les torts et pourtant le CD connaît un regain de vitalité en France, comme en atteste le marché en général et le succès des ventes d’OrelSan en la matière.

Les données de l’artiste normand sont éloquentes. La fête est finie (son avant-dernier album sorti en octobre 2017) s’est traduit par 235.000 ventes de CD. Civilisation (dernier opus paru en novembre 2021) a totalisé pour le moment 250.000 ventes de CD, selon les chiffres fournis à l’AFP par le label 3e Bureau, structure associée au rappeur. Soit davantage en quelques mois pour Civilisation qu’en plusieurs années d’exploitation pour La fête est finie.

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