Laurent Voulzy reprend le chemin des cathédrales

Auteur, compositeur et interprète, Laurent Voulzy est très attaché à son frère de cœur, Alain Souchon. Depuis 1974, leur collaboration nous a offert des titres devenus des « madeleine de Proust ». Son répertoire comporte notamment : Le cœur grenadine, Rockollection, Belle-Île-en-Mer, Marie-Galante ou encore Jeanne. En octobre 2021, il publiait le livre Mes cathédrales aux éditions Stock et était en tournée. Après une interruption, il repart sur les routes de France pour s’arrêter dans ces lieux chargés d’Histoire.

franceinfo : Mes cathédrales est une belle déclaration d’amour à ces lieux chargés d’Histoire et d’âmes qui vous ont séduits très tôt.

Laurent Voulzy : Oui. Tout petit, c’est surtout l’époque des cathédrales qui m’a plu avant que ce soient les cathédrales, c’est le Moyen Âge.

Vous racontez d’ailleurs que vous avez reçu deux cadeaux qui ont été décisifs quant à la suite de votre vie. Il y a eu cette guitare et puis un château fort en bois et en carton. Une sorte de passion s’est déclenchée pour le Moyen Âge, c’est là que ça démarre ?

C’est là que ça démarre. C’est-à-dire qu’avant, j’avais un habit de policier. J’avais neuf ans, un garage avec des petites autos que j’aimais bien d’ailleurs. Des coureurs cyclistes aussi. On faisait des courses avec des billes, c’était sympa. Et d’un seul coup, ma mère m’a offert ce château fort et là, ça a été une révélation.

C’est-à-dire que vous avez eu envie de cultiver l’Histoire. Vous avez commencé à aller fouiller dans la bibliothèque de votre maman. Et à côté des livres d’Agatha Christie, il y avait une énorme encyclopédie sur l’Histoire de France.

Oui. Il y avait eu de vieux volumes des années 1880, les gravures me fascinaient. C’étaient des gravures à la Gustave Doré qui vous font rêver, un peu sombres, un peu mystérieuses, magnifiques. A partir du moment où j’ai eu ce château fort, j’ai commencé à lire ces sept volumes jusqu’au bout et en fait, très vite, je suis revenu au Moyen Âge. J’avais fait mon choix en choisissant cette très longue période qu’est le Moyen Âge.

C’est rigolo parce que vous n’aimiez pas l’école !

Non, l’école ne me déplaisait pas. Il y avait des cours que j’aimais bien comme l’Histoire-Géo en primaire, mais au lycée, ça a commencé à être la catastrophe. Il y avait du latin, je ne comprenais rien. En sixième, je me suis fait virer au bout de six mois. Ensuite, on m’a mis dans une école de comptabilité, ce qui n’était pas le meilleur choix et ensuite j’étais dans un lycée pour devenir expert-comptable, mais là non plus, ce n’est pas passé.

Ça fait longtemps que vous vouliez écrire cet ouvrage parce que ça fait longtemps que ces lieux vous accompagnent, vous hantent, vous habitent beaucoup aussi !

Oui, j’ai une grande attirance pour les églises. En fait, c’est un mélange du Moyen Âge et d’une quête que j’ai.

Je suis attiré par l’invisible, attiré par les mystères. Les cathédrales sont idéales pour ça.

Laurent Voulzy

à franceinfo

Votre maman y est pour beaucoup car non seulement, elle vous a tendu la main par rapport à cette Histoire, mais aussi parce qu’elle vous racontait des histoires de ces îles lointaines. Avec ce côté mystique, cette magie et cette idée qui est extrêmement bien développée dans cet ouvrage, qu’il y a des choses derrière les choses. Ça, c’est vraiment une idée qui vous accompagne depuis très longtemps.

Oui. Alors, en Guadeloupe, dans les Antilles, l’invisible est présent, c’est-à-dire l’irrationnel est presque rationnel. On parle tout à fait naturellement de prière, de sorcellerie, de magie. La magie est présente. Ça dure toujours.

Ce qui vous fascine aussi dans ces lieux, basiliques, cathédrales, églises collégiales, c’est l’humilité qui s’en dégage. Vous dites qu’effectivement, les générations qui se sont succédées dans ces nefs immenses sont venues chercher le pardon et l’espoir.

Dans les cathédrales, les églises, on ne va pas chercher la détresse, on va chercher l’espoir, le réconfort.

Laurent Voulzy

à franceinfo

Oui. D’abord, artistiquement, ce sont des chefs-d’œuvre qui en renferment d’autres, mais en général, quand on y va un peu avec une envie de silence, etc. C’est chargé d’espérance, de mystère, d’invisible, de gens qui sont venus à la fois avec leurs larmes chercher l’espoir, d’autres récupérer de l’amour, prier pour retrouver son amour ou remercier de nous avoir donné de l’amour. Je pense que c’est beaucoup d’espoir et d’espérance.

Vous avez cherché pendant longtemps le son qui allait représenter cet amour que vous aviez de l’Histoire des cathédrales. La bascule s’est faite avec la chanson : Jeanne. Elle représente quoi cette chanson pour vous ?

Un miracle. D’ailleurs, cet album est très curieux. Au départ, je voulais faire un album électro. On s’est retrouvé en studio, avec Alain, pour faire des sons électro et après, je me suis dit : je vais faire des poèmes de Charles d’Orléans. Alain m’avait dit : « Tu vas faire un album électro, donc tu n’as pas besoin de moi, ce n’est que de la musique », je lui ai répondu que non, je voudrais des textes. Il me dit : « Il faut que tu te remettes à faire des textes parce que moi, je pars en tournée. Pourquoi tu ne prends pas des poèmes ? » Alors j’ai trouvé que l’idée était bien, mais ça ne m’inspirait pas beaucoup.

D’un seul coup, j’ai eu l’idée de ne prendre que des poèmes de Charles d’Orléans, contemporain de Jeanne d’Arc et puis, on est entrés en studio comme ça, version électro. A un moment, j’ai trouvé cette musique de Jeanne et tous les soirs, je rentrais chez moi à Paris, j’écoutais la musique. Cela faisait des semaines que je cherchais par quels mots j’allais commencé cette chanson et ce que j’allais raconter. Puis, j’ai rêvé, j’ai entendu une voix qui m’a dit : « Jeanne ».

Ce livre est un pèlerinage agnostique ?

C’est une recherche et en même temps, je dis mon amour des lieux, les étrangetés que j’ai pu voir dans ces lieux, des choses mystérieuses. Quand on s’approche, on dirait un rêve. Quand on est tout en haut, on est dans le ciel. C’est quand même quelque chose de très extraordinaire.

Laurent Voulzy sera les 5 et 6 avril à Hondschoote, les 20 et 21 à Cherbourg, les 22 et 23 à Saint-Lô.

Vous pouvez réécouter la série consacrée à Laurent Voulzy en août 2021 : Episode 1, Episode 2, Episode 3, Epidose 4, Episode 5

Articles connexes

Stay Connected

0FansJ'aime
3,498SuiveursSuivre
0AbonnésS'abonner

ne manquez pas