Fishbach se permet « des nuances » dans son deuxième album, « Avec les yeux »

Fishbach est auteure, compositrice, interprète et aussi actrice, notamment dans la série Vernon Subutex diffusée sur Canal+, dans laquelle elle joue le rôle d’Anaïs aux côtés de Romain Duris. La musique a été une révélation pour elle grâce à un duo et depuis, elle évolue en solo avec un premier album qui n’est pas passé inaperçu en 2017 : À ta merci. Aujourd’hui, elle sort son deuxième album : Avec les yeux et se prépare à partir en tournée le 31 mars prochain à Laval, avec un Olympia le 30 novembre.

franceinfo : Ce nouvel album a été créé loin de Paris, dans les Ardennes. Besoin de partir pour mieux écrire et donc pour mieux vous retrouver ?

Fishbach : Oui. Je pense qu’on aspire tous à ça, à la forêt, à ce luxe génial entre la ville et la campagne, mais je pense qu’on peut écrire partout. Simplement, moi, je suis des Ardennes et je les aime, je les chéris. C’était bien de revenir aux sources.

On a l’impression que cet album, dès la première écoute, il est très animal. Vous le ressentez, ça ?

C’est vous qui le dites. Je ne peux me juger, mais effectivement, les animaux me touchent.

Comment vous choisissez alors ? à l’instinct ?

C’est tout à fait instinctif. J’ai fait de la musique de manière très amateur, comme tout le monde peut en faire, c’est-à-dire pour se faire du bien d’abord à soi, pas forcément dans l’optique d’être écoutée, donc c’est un disque qui est beaucoup dans l’introspection. Je discute beaucoup avec moi-même.

Que représente ce disque pour vous ?

Ce disque représente un nouveau défi. Le premier album, c’était un peu l’attente amoureuse, adolescente. Dans cet album-là, la femme s’épanouit, je crois, et s’accorde avec la fragilité et la douceur parfois, pas qu’avec la colère, la force. Je ne me cache plus derrière un masque de force, mais plutôt de nuances. Je me permet les nuances.

On a le sentiment, effectivement, que vous avez un peu lâché prise. Vous dites que : « Chanter, c’est se mettre à nu ». C’est dur de se mettre à nu, de lâcher prise ?

Cet album s’appelle « Avec les yeux » parce que s’il y a bien des choses avec lesquelles on ne triche pas, ce sont la voix et le regard.

Je sais que c’est très bizarre, mais pour moi, chanter, c’est assez simple et beau. Mais effectivement, c’est très impudique de chanter. On dévoile vraiment son âme.

Fischbach, en allemand, ça veut dire : La rivière aux poissons. Vous avez toujours dit que vous vouliez être un peu à contre-courant, en tous cas, vous vous êtes construite comme ça. C’est important de ne pas ressembler aux autres, de rester vous-même ?

C’est très présomptueux de ma part, mais j’étais vraiment une sale gosse. Par exemple, dans ce disque, il y a beaucoup de guitares électriques. Et c’est vrai que ce n’est plus très à la mode, mais moi, j’adore ça. Alors simplement, je ne veux pas être à contre-courant, mais je veux me permettre de faire ce qui me plaît, ce qui me parle à mon cœur. Et moi, je n’aime pas l’auto-tune, j’aime les guitares électriques donc je me permets d’en faire.

Le rock, c’est le point de départ pour vous, la porte d’entrée. C’est ce qui vous donne envie d’avancer. Il y a un duo qui rentre dans votre vie et c’est là que vous allez vraiment apprendre à chanter parce que c’était tellement fort, il y avait du métal au milieu de tout ça, et pour vous imposer, il fallait chanter plus fort.

Oui, c’est ça. Et puis, j’étais une des seules nanas, assez jeune, dans un milieu très masculin. Alors, chanter fort, c’était un peu une façon effectivement de m’imposer. Et au fur et à mesure du temps, je me suis aperçue que ce n’est pas comme ça qu’on s’impose. On s’impose plus avec les mots, peut-être. Peut-être justement avec la nuance, mais en tout cas, je ne regrette pas cette période rock parce qu’elle m’a beaucoup appris et je n’oublierai pas d’où je viens.

Comment avez-vous fait pour passer du duo au solo ?

Le duo, j’ai eu la bonne idée d’être amoureuse du garçon avec qui j’ai fait ce duo. Et puis, comme toutes les belles histoires d’amour, elles ont une fin. Du coup, j’étais solo et j’ai voulu continuer parce qu’on avait révélé quelque chose de très beau en moi, qui était en tout cas une forme d’expression. J’arrivais grâce à la musique à dire ce que je n’arrivais pas à dire. Là, je bafouille, alors que quand je chante, je ne bafouille plus. Et ça, c’est merveilleux.

On ne peut pas rester indifférent à la chanson : C’est presque beau. Elle a vraiment quelque chose. Vous aimez semer le doute ? Redistribuer les cartes ?

J’adore les chansons ou même les histoires, les livres avec différents niveaux de lecture parce que suivant le jour où on l’écoute, ou on le lit, notre sentiment est différent.

Absolument. On peut projeter sa propre histoire. En tant qu’auditrice, quand j’écoute une chanson, j’aime beaucoup me poser des questions, pas forcément sur ce que la personne a voulu dire, mais sur ce que moi, j’en ressens. J’aime le mystère que dégage, C’est Presque beau, et j’adore quand les gens me donnent leur propre interprétation des morceaux parce qu’ils sont beaucoup plus intéressantes que ce que j’ai voulu dire.

Il y a une tournée qui arrive. Ça représente quoi de monter sur scène ? D’aller chercher son public ?

C’est ‘ego-tripper’ tous les soirs, on se la raconte ! Non, non, c’est un vrai partage ! C’est vrai que j’aime beaucoup ce moment du studio où je trouve la mélodie qui me plaît, etc. Et la scène, j’en ai très peur et une fois que j’ai le pied dessus et que je vois le regard des gens, tout s’efface et le temps s’arrête.

Il va y avoir un Olympia… Les fameuses lettres rouges.

C’est une des plus belles salles parisiennes. C’est vrai que j’ai eu la chance de jouer à La Cigale et au Bataclan et c’était très, très beau. Donc je suis vraiment honorée. Ça va être un spectacle unique, vraiment, avec des invités, plein de surprises et j’ai hâte !

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