Avec « Bande magnétique », Raphaël présente un spectacle inédit, « un objet non-identifié »

Le public français a rencontré Raphaël en 2003 grâce à son duo avec Jean-Louis Aubert, Sur la route. Depuis, que de chemin parcouru pour l’auteur, compositeur, interprète et écrivain. De nombreux succès comme Caravane, Dans 150 ans ou encore Schengen et font partie maintenant de la bande-son de beaucoup de familles.

Il s’est aussi construit artistiquement grâce à une écriture à la plume acérée, léchée et ses deux ouvrages : Retourner à la mer et Une éclipse, ont été salués par la critique. Le premier a même reçu le Prix Goncourt de la nouvelle en 2017.

Raphaël innove et a décidé de créer un spectacle musical : Bande magnétique, qui se joue aux Bouffes du Nord depuis le 17 mars dernier et ce, jusqu’au 27 mars. 

franceinfo : Que représente ce spectacle pour vous ?

Raphaël : J’ai fait beaucoup de concerts et je continuerai à en faire, j’adore ça, mais là, c’est l’envie de faire une espèce d’objet non-identifié, quelque chose de différent qui n’a jamais été fait, comme une séance d’enregistrement, live. Je rentre sur scène avec un piano, il y a des bandes qui tournent, une cabine de prise de son avec un ingénieur du son qui n’est encore là. Et puis, au bout de quelques chansons, il arrive et commence à m’interrompre, à poser des questions, à me faire des réflexions très curieuses, très étranges. Et puis il enlève sa casquette et je m’aperçois que ce n’est pas l’ingénieur avec qui je travaille habituellement. C’est quelqu’un que je ne connais pas.

« C’est une espèce de concert, guidé par un ingénieur un peu inquiétant, un peu dangereux et armé, qui m’amène théoriquement à sortir le meilleur de moi-même. »

J’ai l’impression que vous aviez besoin de vous surprendre.

Moi, je fais deux choses en même temps. Je fais et j’écris des chansons, je produis des disques. Et puis j’écris des livres. En tous cas, j’essaie de faire tout ça et c’est ce que j’aime faire passionnément, les deux choses. C’est un peu une manière de faire les deux en même temps parce que c’est un concert et en même temps, il y a une narration, des dialogues. Il y a des choses un peu curieuses, un peu marrantes. Je dirais que c’est une tentative de mélanger ces deux mondes et j’espère que ça prendra.

C’est construit et en même temps, c’est un peu du sans filet, avec un besoin de réorchestrer en live des titres qu’on pensait connaître par cœur.

Les chansons sont d’une certaine manière assez inépuisables. Il y a des chansons que j’ai écrit quand j’avais 23, 24 ans. J’ai le double de cet âge aujourd’hui, 46 ans. On continue à vivre avec ces chansons, elles évoluent en même temps que nous. Le spectacle dure une heure et demie et je joue une vingtaine de chansons : Caravane, Ne partons pas fâchés, Dans 150 ans ou Le train du soir. C’est aussi celles que j’aime. Peut-être parce que les gens les aiment, c’est celles que j’aime, je n’en sais rien. Je les regarde avec beaucoup de tendresse. Parfois, je trouve ça vraiment bien. J’en ai écrit 140 alors 20, c’est la crème de la crème !

Dans votre vie, la musique était le point de départ.

La musique est toujours à la base de tout. C’est ce que j’aime le plus. Si ça ne va pas dans ma vie, je me mets mon piano, ma guitare et je joue.

D’ailleurs, là, vous êtes face à un piano.

Je reviendrai toujours à ça. Oui, je joue un peu de guitare aussi. C’est une passion. Je n’ai toujours pas compris comment on peut concentrer autant d’émotions et autant de beauté en si peu de temps comme ça. 

« La musique, c’est mon langage, c’est mon territoire. »

Je ne suis pas un puriste du son, de l’image, ou de ces choses-là, mais je dirais que ce qui compte, c’est ce qu’on raconte tout simplement et comment on le raconte. C’est un truc qui peut être enregistré sur un dictaphone ou sur la plus belle bande analogique du monde. L’émotion ne se situe pas là.

Votre plus belle rencontre s’est faite avec le piano. C’est l’instrument qui vous a permis de vous révéler.

Sur ce spectacle, c’est parti d’une envie de quitter cette image un peu de troubadour éternel avec sa guitare et les ballades. La guitare, c’est mon instrument, mais je découvre le piano et j’adore. C’est comme un nouveau territoire. C’est un orchestre entier.

Ce spectacle est aussi une tournée. Il y a ce besoin d’aller aussi au contact du public qui a été privé d’ailleurs des artistes pendant une très, très longue période. Ça représente quoi pour vous d’aller en live sur une scène ?

C’est merveilleux. C’est l’essence même de ce pourquoi on écrit. Une musique écoutée par personne, c’est presque comme si elle n’existait pas. Il y a une phrase de Leonard Cohen que j’aime beaucoup, qui raconte un peu ce spectacle et qui dit que « les chansons sont anoblies par ceux qui les écoutent ». C’est eux qui mettent la grandeur dans les chansons. C’est pour ça que je joue aussi les chansons que les gens aiment parce qu’ils les ont anoblies. Ils y ont mis des secrets, de l’amour, on n’imagine pas l’importance que ça a eu dans leur vie. Je sais que ça a été joué à des enterrements, des choses comme ça. On m’a plus réclamé ma musique pour les enterrements que pour les mariages jusque-là !

Heureux de votre parcours, de votre empreinte dans la musique ?

Moi, j’aime bien ces chansons. J’aime bien ce qu’elles racontent et je trouve qu’elles me définissent un peu. Parfois, ce qui m’apparaît, c’est une espèce de poésie un peu curieuse, un peu étrange, en tout cas très particulière et ça doit être ce que je suis. Même si on ne sait pas trop ce qu’on est. On se lève, on se secoue.

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