un historien dresse le portrait-robot des participants au « convoi de la liberté »

C’est une question-clé : qui sont-ils et quelles sont leurs revendications ? Les différents « convois de la liberté » venus de toute la France ont convergé samedi 12 février autour de l’Arc de triomphe à Paris, en dépit de l’interdiction de manifestation de la préfecture de police, qui a déployé 7.200 policiers et gendarmes. 

>> DIRECT. « Convoi de la liberté » : 337 personnes verbalisées et 14 interpellations à Paris

Plusieurs dizaines de voitures, camping-car et motos ont perturbé la circulation en début d’après-midi sur la place de l’Etoile. La préfecture de police a fait intervenir des dépanneuses dans le secteur des Champs-Élysées, à Paris, « pour relever le délit d’entrave, retirer les véhicules gênants, verbaliser et interpeller les contrevenants », précisant qu' »aucun blocage ne sera toléré ». 

Sur franceinfo, Stéphane Sirot, historien, spécialiste des grèves et du syndicalisme, a donné quelques précisions sur le profil des manifestants qui participent aux autoproclamés « convois de la liberté », relevant une grande diversité « sociologique et générationnelle ».

franceinfo : Ces manifestations ont-elles des points communs avec celles des « gilets jaunes » ?

Stéphane Sirot : Il y a des éléments qui sont comparables. Le déclenchement de ces mouvements qui se sont constitués sur les réseaux sociaux, dans la mesure où aucune organisation politique ou syndicale a appelé à participer à ces manifestations. On n’a pas de grandes organisations qui appellent à participer à ces manifestations au plan national. Localement, on peut avoir par exemple des unions départementales de syndicats comme ceux de la CGT, par exemple, qui peuvent en revanche appeler à soutenir ces manifestations. Il y a le choix du samedi aussi, qui est assez comparable et qui n’est pas habituel dans les mouvements sociaux. En règle générale, la tradition, c’était plutôt des manifestations en semaine. Depuis les Gilets jaunes s’est installé en quelque sorte la manifestation du samedi. Elle va rassembler au-delà du monde du travail, rassembler tout le monde, y compris les familles. Et puis, bien évidemment, la mosaïque politique, idéologique, une diversité des manifestants, une diversité à tout point de vue, sociologique et générationnelle.

Y a-t-il un portrait robot type du manifestant ?

Il y a quand même un certain nombre d’éléments communs qui peuvent parfois peut-être un peu surprendre. On a plutôt des manifestants qui sont assez diplômés et qui font partie, pour un certain nombre d’entre eux, à ce qu’on appelle communément les classes moyennes. Quand on regarde notamment leur rapport aux politiques, ce sont des gens qui, soit, s’abstiennent beaucoup aux élections, ce qui est le cas d’ailleurs de plus en plus de Français, et ont une tendance aussi marquée au vote blanc, ce qui montre bien au fond, une espèce de désaffiliation vis-à-vis à tout ce qui ressemble à des institutions, notamment les politiques.

Est-ce un mouvement anti-gouvernement, contre Macron ?

De l’anti-Macron aussi. Ceux qui participent à ces manifestations ont, pour très peu d’entre eux en 2017, voté pour Emmanuel Macron. En effet, c’est plutôt des manifestants qui sont très critiques vis-à-vis de ce gouvernement, d’Emmanuel Macron et de sa personnalité, très critique du champ politique. Ils ont beaucoup de difficultés à accorder une légitimité à des politiques dont ils ne veulent plus, à des partis qui ne correspondent plus à leurs attentes. On voit bien qu’il est extrêmement difficile, dans ce contexte-là, d’arrêter ces manifestations et de convaincre ceux qui y participent de rentrer chez eux.

Abstentionniste, de « classe moyenne » et anti-Macron : un historien dresse le portrait-robot des participants au « convoi de la liberté » pic.twitter.com/huIaP7xt7T

— franceinfo (@franceinfo) February 12, 2022

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