le pianiste Sofiane Pamart, impeccable musicalement mais un peu distant

Ses concerts affichent complet depuis des mois, sa musique fait les beaux jours des plateformes de streaming et sa réputation a déjà dépassé les frontières : le pianiste lillois Sofiane Pamart, 31 ans, donnait vendredi 18 février son second récital en huit jours salle Pleyel. Sa première tournée, qui le mènera jusqu’à fin 2022 aux quatre coins de France mais aussi partout en Europe, ne reviendra à Paris qu’en fin d’année, avec une halte le 17 novembre à Bercy rien que pour lui, une première pour un soliste.

Sofiane Pamart, que nous vous présentions en septembre, n’est pas un pianiste comme les autres. Sorti médaille d’or du conservatoire de Lille à 23 ans, ce virtuose a depuis collaboré avec nombre de rappeurs, de Vald à JoeyStarr, SCH et Scylla. Mais c’est avec son premier album solo Planet (2019, puis l’édition augmentée Planet Gold en 2021), dans lequel chaque morceau portait le nom d’une ville, La Havane, Séoul ou Chicago, qu’il s’est fait connaître du grand public, son style néo-classique envoûtant les auditeurs avec une facilité déconcertante.

Le pianiste Sofiane Pamart, en mai 2021. (ROMAIN GARCIN)

A cheval entre plusieurs mondes – classique/musique de films, classique/rap – dont il brouille très adroitement les frontières, cet anticonformiste féru de mangas cultive aussi un look à part, entre bijoux de dents de rappeurs et élégants peignoirs de soie japonais. Pour sa première véritable tournée, le « piano king » autoproclamé ne pouvait se présenter comme n’importe quel soliste, dans un tête-à-tête ordinaire avec son piano à queue. Pour l’occasion, ce globe-trotter invétéré voulait emmener son public en voyage. Et si possible avec panache. Ce qui se traduit ici par un bel effort sur la scénographie, faite de beaux jeux de lumières graphiques, surmontés du visage (le sien ?) qui orne la pochette de son nouvel album, irradiant comme un soleil au-dessus de la scène.

Son second album, sorti il y a quelques jours (le 11 février), s’intitule Letter parce que lui qui ne cesse de dire sur les réseaux sociaux qu’il vit « un rêve éveillé » a conçu ce disque comme une lettre d’amour à son public. Les18 titres de l’album mis bout à bout forment en effet une lettre : Dear Public, Your Love Saved Me From Solitude Forever. Sincerely, Sofiane P.S. : I Wrote This Album In Asia. (Cher Public, Votre Amour M’a Sauvé De la Solitude pour Toujours. Sincèrement, Sofiane. PS : J’ai Ecrit Cet Album En Asie). Avec le sens du détail qui le caractérise, le musicien avait pris soin de glisser cette déclaration sur le dossier de chaque fauteuil à Pleyel, comme une attention personnelle (accompagnée tout de même au dos d’un QR code renvoyant au site d’achat de l’album).

La lettre du pianiste Sofiane Pamart à son public, glissée sur chaque dossier de la salle Pleyel le 18 février 2022. (SOFIANE PAMART)

Après un prélude où des chœurs presque inquiétants habitent la scène nimbée de bleu, Sofiane Pamart, en long manteau noir sur chemise scintillante, fait son entrée avec une certaine solennité sous les applaudissements. Nous n’entendons pas une seule fois le son de sa voix. Au lieu de quoi, une voix féminine artificielle nous guidera ponctuellement dans cette odyssée musicale « autour de la planète », du Sahara au Pôle Nord, tandis que des rumeurs sonores, de rue asiatique ou de rythmes latinos, viendront précéder et renseigner certains titres. Dommage. Car si nous n’attendions pas un show pianistique aussi drôle et bavard que celui de Chilly Gonzales, un peu d’incarnation et d’interaction n’auraient pas fait de mal.

Heureusement, notre musicien est expressif, dans ses compositions romantico-mélancoliques comme dans son jeu, pour lequel il lève haut et avec grâce ses mains de velours. Le concert va mélanger durant plus d’une heure les titres de ses deux premiers albums, les tubes voyageurs du premier que sont Paris, Sahara, La Havane ou Sicilia, et les trilles chatouilleuses de plexus du second que sont Me, Love, Dear ou Solitude. Parfois, plus qu’à l’autre bout du monde, on se surprend à se croire un instant chez Chopin, Glenn Gould ou Debussy.

Sa sœur Lina Pamart, remarquable musicienne elle aussi (quelle famille !) vient l’accompagner avec son bouleversant violon sur deux titres, dont Sincerely. La star de la soirée s’efface alors de bonne grâce pour laisser briller sa sœur, dont l’archet vibrant donne le frisson. Ovationné, public debout, Sofiane reviendra deux fois au rappel. On se demande maintenant quel lapin le musicien sortira de son chapeau à Bercy en novembre, qu’il promet comme « un grand rendez-vous » différent de ses deux dates à Pleyel. Une seule chose est sûre : le « rêve éveillé » qu’il dit vivre ces derniers mois ne fait que commencer.

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