Le FAME, festival de films sur la musique, met la rumba congolaise à l’honneur pour sa 8e édition à la Gaîté lyrique

Le FAME, festival international de films sur la musique, présente une quinzaine de films, très majoritairement documentaires, pour sa 8e édition qui se déroule à la Gaîté Lyrique (Paris) du 16 au 20 février. Si la programmation est éclectique, allant du punk de Poly Styrene à la French touch électronique, et de la pop de Charlie XCX au rock indé de Dinosaur Jr, c’est la rumba congolaise qui se taille la part du lion puisque trois films en compétition lui sont consacrés cette année : Bakolo Music International, The Rumba Kings et Rumba Rules, Nouvelles Généalogies.

Ça tombe bien, ce genre musical né sur les rives du fleuve Congo (Kinshasa en RDC et Brazzaville au Congo) qui fut la bande originale de l’indépendance, vient tout juste, en décembre 2021, d’être inscrit par l’Unesco au Patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Les programmateurs du festival FAME ignoraient encore cette bonne nouvelle lorsqu’ils ont mis à l’affiche ces trois documentaires, « mais la rumba congolaise est une musique qui a beaucoup de choses à raconter, et ces trois films sont très différents et complémentaires », explique Olivier Forest, l’un des deux programmateurs de ce festival amoureux de toutes les musiques.

En complément des projections est organisée une table ronde autour de la rumba congolaise (samedi 19 février à 18h15) en présence de plusieurs réalisateurs et de l’ambassadeur de la République du Congo à l’Unesco qui a porté le dossier d’inscription au patrimoine mondial. A la suite de cette table ronde, est proposé (samedi 19 février à 19h45, entrée libre) un DJ set de rumba congolaise cent pour cent vinyle. Aux platines : Etienne Tron, passionné de musiques africaines et caribéennes, dont le label Secousse s’apprête à publier la bande originale de Rumba Rules. On n’a pas fini de danser.

The Rumba Kings

Des trois documentaires consacrés à la rumba congolaise, celui-ci est le plus classique. Mais, très riche en archives et en témoignages, c’est aussi celui qu’il aurait fallu voir idéalement en premier pour comprendre l’histoire de cette musique née du rapprochement entre les rythmiques cubaines et celles du Congo dans les années 1940. Une musique joyeuse d’émancipation qui a accompagné les Congolais dans leur lutte pour l’indépendance face au colon belge. Y compris de façon très concrète puisqu’en 1960, les négociateurs congolais avaient emmené avec eux à Bruxelles les meilleurs musiciens du pays pour célébrer ce moment historique. Toutes les figures et les étapes de l’épopée de la rumba congolaise sont ici présentées. Partie d’un coup de foudre de tout un peuple pour les rythmes cubains chaloupés, cette musique est devenue peu à peu un genre à part entière, grâce à l’apport de différents chanteurs et musiciens, en particulier des guitaristes de talent, qui se la sont appropriée. Wendo Kolosoy, Nicolas Kasanda, Bill Alexandre, Grand Kallé et son orchestre African Jazz, Franco Luambo et sa formation OK Jazz : tous ont apporté leur pierre à ce genre flamboyant qui a conquis rapidement toute l’Afrique et continue aujourd’hui de se moderniser et d’électriser le continent.
The Rumba Kings, un film d’Alain Brain (2021, 94 mn) est projeté en première parisienne Dimanche 20 février à 14h45 dans la Grande salle

Bakolo Music International

Ce documentaire, qui se concentre sur un groupe de musiciens vieillissants, est assurément le plus touchant. Il suit en tournée Bakolo Music International (qui signifie « Pionniers de la musique »), le plus ancien groupe de rumba congolaise encore en activité. Le fondateur de la troupe, Wendo Kolosoy, mort en 2008 à l’âge de 83 ans, l’avait prédit : l’orchestre, qui a sillonné les scènes du monde entier pendant des décennies, ferait sur le tard une nouvelle tournée. « Le groupe ne doit jamais disparaître », leur disait-il. Ils tentent donc d’honorer la prédiction de leur leader en reprenant le chemin des studios et en se remettant en route. Cela n’est pas simple. Ces musiciens accomplis, qui comptent leurs morts et ne sont plus qu’une poignée contre trente au départ, n’ont plus l’énergie de leurs 20 ans. Ils sont fragiles, et l’on tremble pour eux. « Le corps s’affaiblit, mais pas l’esprit », assurent-ils. Papa Bikunda, guitariste hyper attachant de près de 80 ans, a le cœur qui flanche lors d’une halte en France. On le retrouve sur un lit d’hôpital, guitare en mains, improvisant une chanson sur ce qu’il vient de traverser, la sève intacte, comme au premier jour. Il aurait pourtant pu se contenter de reprendre les paroles de leur tube entraînant Philosophie : « Un jour tu es bien, tu es bien portant, tu es content / Un jour tu as mal, c’est général, c’est l’hôpital… ».
Bakolo Music International, un film de Tom Vantorre et Benjamin Virré (2021, 86 mn) est donné en première française Samedi 19 février 2022 à 16h15 dans l’Auditorium

Rumba Rules, Nouvelles Généalogies

Après les papys de la rumba congolaise, voici venue la relève : ce film se penche sur le versant moderne du genre avec le groupe Brigade Sarbati. Un orchestre à géométrie variable qui compte une trentaine de membres et de nombreux danseurs dans ses rangs. On assiste aux répétitions très chorégraphiées où brillent les déhanchés des danseuses et du danseur Panneau Solaire, on est au premier rang des concerts, mais on passe la plupart du temps en coulisses, comme lors de cette petite improvisation hautement contagieuse en plein air entre le batteur Ya Mayi et le MC Roger Mabele. Durant les sessions en studio, des frictions se font jour entre les tenants de la tradition et la jeune génération de musiciens qui veut faire bouger les lignes. Il n’est pas simple de s’accorder quand on est si nombreux. Tout le monde cherche à attirer l’attention du leader, chacun doit lutter pour garder sa place. Des différends apparaissent entre les membres du groupe que l’on approche de plus près, comme Xena La Guerrière et Lumumba. Il y a des longueurs. Et puis il y a la ville. Elle n’est pas qu’une toile de fond. Des trois films sur la rumba congolaise, c’est celui qui nous immerge le plus largement dans la Kinshasa contemporaine. La caméra déambule dans ses rues et ses avenues grondantes, chaotiques, débordantes de monde et d’échoppes, et observe longuement ses ronds points en ébullition. Une ville monde trépidante où la musique a tenu de tous temps une place particulière.
Rumba Rules, Nouvelles Généalogies de David N. Bernatchez et Sammy Baloji (2020, 1h47) est donné en première française en présence de Sammy Baloji Vendredi 18 février à 21h45 dans la Grande salle

La 8e édition du festival FAME se tient du 16 au 20 février 2022 à La Gaîté Lyrique (Paris)

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