La longue marche de Kanye West vers la reconnaissance au cœur du premier épisode de la série documentaire « Jeen-Yuhs : A Kanye Trilogy »

Comment était Kanye West avant d’être la star qu’il est devenu ? C’est ce que nous dévoile le premier volet de Jeen-Yuhs : A Kanye Trilogy, le documentaire en trois parties sur le rappeur américain que diffuse Netflix à partir de mercredi 16 février. Le co-auteur de ce film est un ami de longue date, Coodie Simmons, originaire comme lui de Chicago. Il a cru en lui dès ses premiers pas en tant que producteur en 1998 et a décidé de le filmer, n’hésitant pas à tout lâcher en 2002 pour le suivre à New York dans sa quête de reconnaissance. « Ça ne faisait aucun doute pour moi qu’il allait devenir une star », se souvient Coodie, qui assure la narration en voix off.

Des trois volets de cette série documentaire, celui-ci s’annonce sans doute comme le plus intéressant (même si nous n’avons pas encore vu les deux autres). Elle nous montre en quelque sorte le « vrai » visage de Ye, celui qui manque à ses fans de la première heure. En 2000, ce jeune producteur prend déjà beaucoup de place à l’écran. Gros bosseur, gros frimeur, toujours en mouvement, pressé d’arriver, il est terriblement sûr de lui en apparence. 

Pourtant, il ronge son frein. La route jusqu’au succès est longue et semée d’embûches. La principale, une fois arrivé à New York et fort d’une réputation montante pour avoir produit cinq titres de l’album majeur de Jay-Z The Blueprint, est de n’être perçu que comme un producteur. Un bon producteur, certes, mais pas un rappeur-producteur. De ça, personne n’en veut, personne n’y croit dans les maisons de disques, y compris celle de Jay-Z, Roc-A-Fella Records, où il tente en vain d’attirer l’attention.

Dans son appartement encombré à New York, on assiste au travail sur son premier album solo (l’excellent The College Dropout sorti en 2004), un projet qu’il caresse en réalité depuis toujours. On le voit rimer sur ses propres beats et s’enregistrer. Les paroles sont fabuleuses. Le flow est top. Les sons épatants. Derrière l’écran, le spectateur s’agace et s’étonne. Pourquoi ne voient-ils pas que le mec est génial ? Mon album, « c’est une vraie bouffée d’air frais », explique-t-il à la caméra de Coodie. « Ma mère m’a inculqué un tas de trucs dont je dois parler. (…) Je ne vais pas rapper ‘je vais te buter’ parce que c’est ce qui marche dans l’industrie. Je n’en ai rien à foutre de l’industrie. Quand je ferai cet album, ce sera le truc le plus pur que vous pourrez entendre, car si je me plante je peux toujours manger (en tant que producteur NDLR). Alors je vais faire mon album comme j’en ai envie », promet-il.

Malgré les déconvenues et les promesses de signature non tenues des labels, jamais Kanye ne se laisse abattre. Il tient bon. S’accroche à ses rêves. Il sera rappeur-producteur et il mettra l’Amérique à ses pieds « J’ai les crocs. On ne m’a jamais rien servi sur un plateau », explique-t-il à un journaliste alors qu’il est à New York depuis un an. « Je pense être une star », lâche-t-il aussi, laissant entendre sans rire qu’il répète déjà depuis un moment son speech pour lorsqu’il recevra son premier Grammy. Du pur Kanye mégalo comme nous l’aimions alors.

Pour percer, il cherche à être l’invité de l’émission de MTV You Hear it First qui peut tout changer pour lui. Coodie Simmons va l’aider énormément dans cette démarche puisque MTV commande au réalisateur des images de Kanye en vue de nourrir un portrait. On le comprend rapidement, cette caméra constamment à ses trousses impressionne ses interlocuteurs. Elle lui donne de l’importance. Ce qui n’a pas empêché Kanye West de faire tout un foin ces dernières semaines au sujet de ce documentaire, en réclamant un droit de regard et le « final cut ». Jusqu’ici, on ne voit pas ce qu’il pourrait trouver à redire. A moins qu’il ne s’agisse d’un plan com’…

Leur ville natale de Chicago, où Coodie et Kanye retournent pour assister à une convention de musique, offre en tout cas à ce premier volet du documentaire ses moments les plus forts, exceptée la séquence délectable à New York, dans laquelle Kanye rappe côte à côte avec Mos Def avec fougue et hargne, presque à en bouffer la caméra (voir vidéo ci-dessus).

A Chi-Town (le surnom de Chicago), ses anciens amis ne l’accueillent pas à bras ouverts. Dug Infinite, qui, avec le producteur No ID, l’a initié à la fabrication des beats, est froissé de ne pas avoir été cité par Kanye West dans une interview. Il s’en ouvre dans un rap, que Kanye découvre à la radio alors qu’il est en voiture, et bien sûr toujours filmé. Blessé, il ne va pas hésiter une seconde à aller s’expliquer franchement avec l’intéressé en l’attendant à la sortie d’une émission de radio. Où l’on redécouvre le Kanye entier et couillu.

Kanye West et sa mère Donda West aux MTV Video Music Awards, le 29 août 2004 à Miami (Etats-Unis). (FRANK MICELOTTA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

Et puis il y a les scènes formidables avec sa mère Donda disparue en 2007. Cette femme solaire et souriante, prof d’anglais à l’université de Chicago, qui a élevé son fils seule, est une pièce essentielle du puzzle Kanye. A la voir et à l’entendre, lorsque Kanye et Coodie s’invitent sans prévenir chez elle, on comprend d’où vient l’énorme confiance en lui de l’artiste. Fière de son rejeton, sûre de son talent, Donda West est sa première admiratrice. « Tu es le Michael Jordan de la musique », lui lâche-t-elle. « Quand on bosse autant, aussi bien et depuis si longtemps, ça paie toujours. » Mais elle est aussi lucide – « il a toujours été égocentrique » – et de bon conseil : « Tu as les pieds sur terre, mais tu es très confiant. Parfois ça passe pour de l’arrogance », le prévient-elle, l’invitant à « garder les pieds sur terre » et « à s’envoler en même temps. »

Jeen-Yuhs : A Kanye Trilogy de Coodie Simmons et Chike Ozah. Le premier épisode de ce documentaire en trois actes est à voir sur Netflix depuis le mercredi 16 février 2022, avant deux autres épisodes les semaines suivantes.

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