la grande voix de Bollywood s’est éteinte

Surnommée « le rossignol de l’Inde », Lata Mangeshkar a régné sans égale sur la musique de Bollywood pendant des décennies. Elle est décédée à l’âge de 92 ans, a annoncé dimanche le Premier ministre indien Narendra Modi.

I am anguished beyond words. The kind and caring Lata Didi has left us. She leaves a void in our nation that cannot be filled. The coming generations will remember her as a stalwart of Indian culture, whose melodious voice had an unparalleled ability to mesmerise people. pic.twitter.com/MTQ6TK1mSO

— Narendra Modi (@narendramodi) February 6, 2022

« Je suis bouleversé au-delà des mots. L’aimable et bienveillante Lata Didi nous a quittés. Elle laisse un vide dans notre nation qui ne peut être comblé », a écrit Narendra Modi sur Twitter.

Née le 28 septembre 1929 à Indore, dans l’Etat du Madhya Pradesh (centre), Lata Mangeshkar a commencé très tôt sa formation musicale sous la tutelle de son père Deenanath Mangeshkar, chanteur classique et acteur de théâtre, qu’elle disait être son premier et « vrai gourou ».

Alors qu’elle n’avait que cinq ans, il l’emmenait avec lui quand il se produisait sur scène. « Mon père a été l’immense influence qui a fait de moi la chanteuse que je suis devenue. Il m’a appris la musique », avait-elle déclaré dans un entretien au quotidien Hindustan Times en 2013.

Décédé en 1944, « mon père ne m’a pas vu devenir une chanteuse de playback. Mais il avait prédit mon succès », avait-elle poursuivi, « il avait confié à ma mère sa prophétie : ‘Lata aura tellement de succès que personne ne sera en mesure de l’égaler' ».

En 1945, la famille part vivre à Bombay. Lata Mangeshkar, qui doit aider sa mère à subvenir aux besoins de ses trois jeunes soeurs et de son petit frère, entame une carrière de chanteuse à Bollywood.

En lui faisant enregistrer son premier morceau en 1947 pour le film Majboor, Gulham Haider, grand compositeur indien, lui dit : « les gens oublieront tous les autres (…) quand ils t’entendront ». Dil mera toda, l’une des chansons du film, la propulse, à 18 ans, sous les feux des projecteurs.

Dès lors, les superproductions de Bollywood s’arracheront sa voix incomparable tout au long des décennies suivantes, marquant de nombreuses oeuvres cinématographiques telles que Barsaat ou encore Mahal.

Accompagnée de sa jeune soeur Asha Bhonsle et son frère Hridayanath Mangeshkar, elle a travaillé avec la quasi totalité des compositeurs du pays.
« Je composais en gardant à l’esprit la gamme et la qualité de la voix de Lata Mangeshkar. Elle avait un ample registre qui permettait d’imaginer des mélodies plus compliquées », s’est souvenu le compositeur Anil Biswas, cité par l’Encyclopédie du cinéma hindi.

Son immense gloire l’avait rendue incontournable au point d’être invitée à chanter, en janvier 1963, aux commémorations du Jour de la République de l’Inde.
Elle y interpréta un hommage patriotique aux soldats tués dans la guerre sino-indienne de 1962, Ae mere watan ke logon (« Oh peuple de mon pays ») qui, dit-on, émut aux larmes le Premier ministre Jawaharlal Nehru.

Au temps où la parité salariale était encore loin d’être un sujet, Lata Mangeshkar avait osé revendiquer la hausse de ses cachets et une quotepart sur les recettes de ses chansons.

A force de discipline, doublée d’une exceptionnelle longévité, elle avait prêté sa voix à une foule d’actrices, parfois de 50 ans ses cadettes. Si bien que certains critiques se plaignaient que son omniprésence éclipse de jeunes étoiles montantes. Mais elle conservait un public de fanatiques qui plaçait chacun de ses titres au sommet des hit-parades.

Restée célibataire, certaines de ses petites maniaqueries étaient célèbres. Elle chantait toujours pieds nus et transcrivait chacune de ses chansons à la main avant de l’enregistrer.

Toujours coiffée d’une longue natte brune, point rouge sur le front, elle a chanté dans plus de 1.000 films et publié une multitude d’albums. Elle comptait à son répertoire quelque 27.000 chansons, interprétées dans des dizaines de langues, dont l’anglais, le russe, le néerlandais et le swahili.

A l’occasion de son 75e anniversaire, les grands noms de la musique indienne avaient rendu hommage à la diva, la qualifiant d' »âme des musiques de films indiens ».

Lata Mangeshkar avait dû abandonner sa scolarité, et pourtant elle savait lire, écrire et parlait plusieurs langues dont l’hindi, le marathi, l’anglais et l’urdu. Après plus de 75 ans de carrière, elle s’étonnait d’être encore adulée.

Elle avait diffusé en mars 2019 un titre patriotique sur YouTube, six mois avant de fêter son 90e anniversaire.

« Le rossignol de l’Inde » aura chanté quasiment jusqu’à la fin de sa vie.
« Soyez gentil et généreux envers ceux qui sont moins privilégiés que vous. Donnez généreusement. Ne refoulez pas votre amour pour vos semblables », avait-elle prêché en 2020, en pleine pandémie de Covid-19. « C’est le moment de cesser d’être avare de sentiments. »

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