de Serval à Barkhane, on vous résume neuf ans d’engagement militaire français au Sahel en dix dates-clés

Au tournant des années 2012 et 2013, le président François Hollande a sollicité un accord de l’ONU pour organiser une intervention militaire au Mali, lancée en janvier 2013. L’objectif : libérer le pays de l’emprise des jihadistes. Neuf ans plus tard, jeudi 17 février, la France et ses partenaires ont officialisé leur retrait militaire de ce pays lors d’un mini-sommet rassemblant 40 des 55 dirigeants membres de l’Union africaine.

>> DIRECT. Lutte contre le terrorisme au Sahel : suivez toutes les annonces dans le cadre du sommet Europe-Afrique

« La France et ses partenaires engagés dans des missions de lutte contre le terrorisme, à savoir les participants à la task force Takuba, ont pris la décision de retirer leur présence militaire au Mali », a annoncé Emmanuel Macron. Mais la forces françaises ne quittent pas pour autant la région. « Avec l’accord des autorités nigériennes, des éléments européens seront repositionnés aux côtés des forces armées nigériennes dans la région frontalière du Mali », a précisé le président français.

Opération Serval, opération Barkhane, coups d’Etats, groupe paramilitaire russe… Pour tout comprendre aux dernières annonces, franceinfo revient sur les dates-clés des neuf ans d’engagement militaire de la France au Mali, qui ont coûté la vie à 53 militaires français.

1Mars 2012 : Aqmi prend plusieurs villes du nord du Mali

Indépendant depuis 1960, le Mali connaît en 2012 une série d’attaques islamistes visant à renverser le président Amadou Toumani Touré et à exiger l’indépendance de l’Azawad, une zone désertique au nord du pays. 

En mars 2012, des rebelles indépendantistes, vite évincés par leurs alliés islamistes associés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), prennent le contrôle de Kidal, Gao puis Tombouctou.

211 janvier 2013 : l’opération Serval débute

La France lance l’opération Serval le 11 janvier 2013 pour enrayer la progression des jihadistes. Paris déploie jusqu’à 5 000 soldats (un an plus tard, ils ne seront plus que 2 500).

Fin janvier, les militaires français reprennent Gao, ville de 124 000 habitants, au nord-est du pays. L’armée française entre sans combattre dans Tombouctou, à 400 km à l’ouest de Gao, et s’empare de l’aéroport de Kidal, au nord de Gao. Le 2 février 2013, le président de la République, François Hollande, est accueilli à Tombouctou en libérateur. En juillet, une mission de l’ONU, la Minusma, prend le relais d’une force panafricaine.

31er août 2014 : Barkhane remplace Serval

Le 1er août 2014, l’opération Serval devient l’opération Barkhane, une mission à vocation régionale, concentrée au Sahel. Quelques mois plus tôt, en mai, des groupes rebelles touareg et arabes ont repris Kidal, petite ville de 25 000 habitants située dans le nord-est du pays.

L’opération Barkhane mobilise 4 000 hommes, huit avions de chasse, 300 blindés, 300 véhicules logistiques, 17 hélicoptères, des avions de transport et cinq drones. Il s’agit du plus important déploiement de troupes françaises en opération extérieure. Celle-ci s’inscrit dans une logique de partenariat avec cinq pays du Sahel : le Mali, le Burkina Faso, la Mauritanie, le Niger et le Tchad.

Près d’un an plus tard, en mai-juin 2015, l’accord de paix d’Alger est signé entre le gouvernement malien et l’ex-rébellion touareg. Mais sa mise en œuvre demeure embryonnaire. Les violences se propagent vers le sud-est et touchent désormais le Burkina Faso et le Niger.

42015-2019 : les attentats se multiplient

A partir de 2015, les attaques contre les forces sahéliennes ou étrangères, ainsi que des lieux fréquentés par des étrangers, se multiplient.

En mars 2017, les jihadistes liés à Aqmi se fédèrent en un « Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans » (GSIM). Fin 2019, treize soldats français sont tués dans la collision accidentelle de deux hélicoptères.

>> Burkina Faso : qui est le GSIM, qui a revendiqué les attaques de Ouagadougou ?

Le groupe Etat islamique au grand Sahara (EIGS) lance des attaques d’ampleur contre des bases militaires au Mali et au Niger. Il est désigné ennemi numéro un lors d’un sommet début 2020 entre Paris et ses partenaires du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Niger, Burkina Faso, Tchad).

52020 : les forces françaises tuent des chefs jihadistes

Début juin 2020, le chef d’Aqmi, l’Algérien Abdelmalek Droukdel, est tué par des militaires de Barkhane. En novembre, Bah Ag Moussa, « chef militaire » du GSIM, est à son tour abattu par les forces françaises.

Les jihadistes poursuivent leurs attaques. Le 9 août, l’Etat islamique au grand Sahel (EIGS) tue six humanitaires français au Niger. Le chef de l’EIGS, Adnan Abou Walid al-Sahraoui, est tué en septembre 2021 par les forces françaises. « Il s’agit d’un nouveau succès majeur dans le combat que nous menons contre les groupes terroristes au Sahel », se félicite le chef de l’Etat, Emmanuel Macron.

618 août 2020 : un premier coup d’Etat militaire

Le 18 août 2020, le président malien Ibrahim Boubacar Keïta, élu en 2013, est renversé par un putsch après des mois de crise politique. Les relations entre Paris et Bamako se détériorent après un nouveau coup d’Etat, le 24 mai 2021. La junte militaire prend le contrôle du pays.

710 juin 2021 : Paris amorce un départ progressif des troupes françaises

Le 10 juin, Emmanuel Macron annonce le départ progressif des 5 000 hommes de Barkhane. Mais, dans un premier temps, un dispositif de 2 500 à 3 000 soldats va rester sur place.

Le 25 septembre 2021, le Premier ministre malien accuse la France d’un « abandon en plein vol » avec la réduction de la force Barkhane, justifiant la nécessité de « chercher d’autres partenaires ».

Rapidement, Florence Parly, ministre des Armées, tient à démentir « des contre-vérités ». « Il n’y a pas de désengagement français (…) Quand on a 5 000 soldats et qu’on se désengage de trois emprises, et qu’on a l’intention d’en laisser encore plusieurs milliers, lorsqu’on déploie au Sahel des blindés dernier cri, ce n’est pas l’attitude normale d’un pays qui a l’intention de s’en aller », justifie-t-elle.

8Décembre 2021 : l’implication d’un groupe paramilitaire russe sème le trouble

Fin décembre, une quinzaine de puissances occidentales, dont Paris, dénoncent un début de déploiement du groupe paramilitaire russe Wagner au Mali. Ce groupe est connu depuis 2014 pour son implication dans le conflit en Ukraine, puis son intervention en Syrie un an plus tard, dans le sillage de l’armée russe. Le groupe Wagner serait financé par un oligarque russe, Evguéni Prigojine. Surnommé « le cuisinier du Kremlin », l’homme d’affaires, proche de Vladimir Poutine, a fait fortune dans la restauration avant de conclure de nombreux contrats avec l’armée russe.

>> Quatre choses à savoir sur le groupe paramilitaire russe Wagner et ses missions opaques en Afrique

Le 9 janvier 2022, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) ferme ses frontières avec le Mali et lui impose un embargo, sanctionnant le report des élections présidentielle et législatives prévues le 27 février. L’embargo économique et financier est un moyen de pression sur les militaires.

Le 24 janvier, un coup d’Etat se produit au Burkina Faso. C’est désormais le troisième pays, parmi les quatre où Barkhane est déployée, dirigé par une junte militaire.

1031 janvier 2022 : l’ambassadeur français au Mali est expulsé

Fin janvier 2022, la junte au pouvoir au Mali exige du Danemark le retrait immédiat de sa centaine de soldats récemment arrivés dans le cadre du groupement européen de forces spéciales Takuba, affirmant ne pas avoir donné son consentement à ce déploiement.

Le 31 janvier, le Mali décide l’expulsion de l’ambassadeur de France. Paris « prend note », mais l’opposition politique dénonce une humiliation. Le lendemain, le 1er février, Paris se donne deux semaines pour décider avec ses partenaires européens de l’avenir de leur présence militaire au Mali.

Les 8 et 10 février, trois attaques à la bombe artisanale font au moins neuf morts, dont un Français de 50 ans, dans le nord du Bénin. L’embuscade du 8 février est intervenue dans un parc naturel, rapporte l’ONG de défense de l’environnement African Parks.

Le 14 février, le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, estime qu’un millier de mercenaires de Wagner se trouvent désormais au Mali. Il réaffirme que les conditions ne sont « plus réunies » pour la poursuite de la mission Barkhane dans ce pays. Opération à laquelle la France a donc décidé de mettre un terme, jeudi 17 février.

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