rencontre avec Victor Barrera pour une initiation à la sérigraphie textile

Pendant les périodes de confinement, 70% des personnes interrogées ont intensifié leur pratique du Do It Yourself  et y ont consacré en moyenne 9 heures de plus par semaine. Aujourd’hui, 63% souhaitent prendre des cours/participer à des ateliers (lives ou physiques), selon une enquête du salon Créations & savoir-faire publiée en novembre 2021. 

Démarche élargie, dans l’esprit du Do It Together (le faire ensemble), le collectif Wecandoo réunit 1 100 artisans, qui proposent 2 300 ateliers en immersion dans 37 villes de France, dont 180 ateliers textile en ligne ou en présentiel. En ouvrant leurs portes, ces artisans expérimentés transmettent leur savoir-faire tout en accompagnant le stagiaire pendant son apprentissage. 

Que ce soit pour le plaisir de personnaliser son dressing, par conscience écologique ou par souci économique, cette tendance slow fashion du faire soi-même se réinvente aux côtés de ces artisans qualifiés. Rencontre avec Victor Barrera pour une expérience unique d’initiation à la sérigraphie textile, une technique d’impression qui peut être appliquée à différents matériaux. 

Victor Barrera dans son atelier-boutique parisien, le 4 novembre 2021 (Corinne Jeammet)

Victor Barrera, originaire du Chili, est graphiste de formation. Il a été directeur artistique dans la presse écrite et l’évènementiel au Chili puis en France où il est installé depuis 20 ans. Durant ses études d’art au Chili, il a également appris la sérigraphie. En 2017, il crée sa marque sportswear Caluga ou Menthe pour laquelle il imagine les graphismes et dont toutes les créations sont imprimées en sérigraphie.

« J’ai ouvert mon atelier-boutique de sérigraphie à Paris juste avant la Covid-19. J’ai repris l’atelier d’une connaissance qui effectuait ce travail. Ici, l’espace se divise entre un atelier de sérigraphie et une boutique pour vendre ma marque ». Dans cet atelier-boutique, il réalise aussi pour le compte de professionnels, de particuliers et d’associations, des impressions en sérigraphie sur papier et textile : flyers, affiches, tote bag, T-shirts promotionnels, cartes de visites, photos…

« Je fais de la sérigraphie parce que cela faisait des années que je voulais travailler avec les mains », raconte Victor Barrera. « A la base, je suis graphiste et directeur artistique depuis plus de 20 ans. C’est une nouvelle passion que j’aime bien car je peux partager, tout en passant de bons moments avec les autres. Cela m’intéresse, l’échange surtout : j’apprends la technique et les couleurs aux gens mais j’apprends aussi d’eux tous les jours car ils arrivent avec des idées que je n’avais jamais imaginée. C’est super riche ». 

C’est ici dans son atelier-boutique que Victor Barrera propose – en petit groupe ou en individuel – des cours ou des stages d’initiation et de pratique à la sérigraphie. « J’ai découvert le collectif Wecandoo grâce ma voisine. Nous sommes, aujourd’hui, quatre ateliers dans la même rue à participer à cette plateforme, nous explique Victor Barrera. Pour moi, c’est important : elle me donne la possibilité d’avoir une visibilité mais aussi de pouvoir travailler avec des gens de différents horizons ».

Une passion, devenue un métier, qu’il prend plaisir à faire découvrir et surtout à partager. Son public : des personnes qui ont reçu ce stage en cadeau d’anniversaire, des cadeaux que font les entreprises à leurs salariés mais aussi des dessinateurs, des illustrateurs, des designers et des artistes à la retraite. « Il y a des gens de tous les âges ainsi que des familles. Ils viennent découvrir cette technique artisanale dont ils ont entendu parler. Ils veulent voir comment on fait. C’est très intéressant et enrichissant de voir des gens qui ne savent rien sur mon métier et qui, à la fin du stage, repartent super contents car ils ont appris quelque chose. Je m’amuse mais j’essaie aussi de m’améliorer car il y a une sorte de transmission via cet échange où les autres vont aussi m’apprendre ».

L’atelier d’une durée de trois heures coûte 90 euros. ll est prévu pour 1 à 4 personnes mais le lieu peut être privatisé pour une famille. La formule offre le choix entre l’impression de deux t-shirts 100% coton bio ou d’un sweat-shirt avec des matières éco-responsable (encres à l’eau pour textile). 

L’atelier débute par un moment d’échange lors duquel l’artisan explique les différentes étapes du stage d’initiation. La première a eu lieu, lors de la confirmation de l’inscription par mail, où il demande de choisir un visuel. Si j’ai opté pour la photographie de La grande vague de l’artiste japonais Hokusai « tous les gens n’ont pas d’idée » m’explique Victor Barrera. « Mais je peux proposer des images, photos, dessins et de la typo. Et après on peut mélanger tout ça. Une fois le motif choisi, je réalise le typon (ndlr : le film destiné à la reproduction », dit-il. 

Reproduction en noir et blanc de La grande vague au large de Kanagawa de l’artiste japonais Hokusai.  (Hokusai)

« L’étape suivante consiste à préparer l’émulsion (un produit photosensible) qui va servir à enduire un fin tissu de soie tendu sur un cadre de sérigraphie en bois ou en métal », explique-t-il avant de descendre à la cave où s’effectue cette opération. Le geste qui consiste à déposer l’émulsion sur toute la hauteur du cadre semble simple, pourtant il n’est est rien. Le produit doit être déposé en quantité égale d’un geste déterminé, de bas en haut, sans stopper le mouvement sinon l’émulsion ne sera pas bien répartie. « Ici on se tâche les mains, on met un tablier et on s’amuse. Si vous vous trompez, ce n’est pas grave. Pour moi c’est un petit peu comme la vie, il fallait que je me lance dans ce nouveau projet, il fallait me tromper », m’explique-t-il avant de poursuivre avec l’étape suivante : l’insolation du cadre.

Cette opération consiste à révéler la photo choisie sur le cadre d’impression. Une fois le cadre sec, « on va graver l’émulsion avec le typon grâce à une machine à lumière UV. Dans cette dernière, on positionne sur le typon le cadre émulsionné, puis on ferme le couvercle pour évacuer l’air avant l’exposition d’1 minute 45 aux rayons UV, ce qui permet de graver l’image ». Après lavage de l’écran, c’est, enfin, la découverte de l’image en négatif sur le cadre.

L’artisan sérigraphe Victor Barrera dans son atelier-boutique parisien, le 4 novembre 2021 (Corinne Jeammet)

Retour au rez-de-chaussée pour préparer la table et les encres choisies. Une fois le cadre sec, il faut coller des bandes adhésives sur son pourtour « pour que l’encre ne pénètre pas dans les rebords du cadre » précise-t-il pendant qu’il positionne le T-shirt et le cadre sur la table. C’est prêt pour l’impression : « l’encre va traverser l’écran grâce à une racle de sérigraphie passée plusieurs fois sur l’écran. Nappage, impression, » répète Victor Barrera qui compte soigneusement le nombre de passages. La racle est positionnée à 45 degrés, le nappage se fait en douceur mais pour l’impression, il est important d’appuyer très fermement. « La technique et les gestes sont les mêmes pour la sérigraphie sur textile ou sur papier, c’est une question de pression selon la texture », précise-t-il encore. Enfin, il soulève le cadre et je découvre sur mon T-shirt blanc la vague reproduite dans une belle couleur bleue klein. Le rendu est superbe. Tous les outils sont nettoyés à l’eau pendant que le T-shirt est étendu sur un séchoir avant l’ultime étape l’exposition à 170 degrés pendant 20 secondes pour fixer les encres sur le textile.

Grâce à ce stage, je repars avec ma création textile mais surtout avec des connaissances nouvelles.

« Ici, c’est aussi une salle d’expositions car tous les meubles bougent », m’indique Victor Barrera avant de préciser : « c’est assez varié, c’est riche, c’est sympa et c’est ca que j’aime bien. Je travaille sur des sujets engagés (LGBTQIA+, artistes qui ont marqué leur époque, peuple persécuté du sud du Chili…) qui me tiennent à coeur et c’est aussi une façon de les montrer au public. Je ne pourrais pas avoir qu’une boutique ! »

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