les trois enjeux du duel entre David Lisnard et Philippe Laurent

A cinq mois de l’élection présidentielle, c’est un autre vote, particulièrement scruté, qui se joue chez les élus locaux. A l’occasion de son 103e congrès, qui s’est ouvert mardi 16 novembre, l’Association des maires de France (AMF) s’apprête à renouveler ses instances dirigeantes. Près de 10 000 personnes sont attendues porte de Versailles, à Paris.

Les membres de l’AMF sont appelés à élire leur nouveau président, qui succédera à François Baroin, à la tête de l’association depuis 2014. Le vote débute électroniquement mardi à 17 heures et s’achèvera mercredi à 15 heures avec l’annonce dans la foulée du nom du vainqueur. Entre bataille pour la succession de François Baroin et tensions entre l’influente association et l’exécutif, franceinfo résume les enjeux de cette élection.

Un duel pour la succession de François Baroin

Pour la première fois depuis de nombreuses années, deux listes vont s’affronter pour succéder à François Baroin. Le maire Les Républicains de Troyes avait été élu en 2014 à la tête de l’AMF, puis réélu en 2017, sans concurrent. 

L’une des candidatures est défendue par David Lisnard, vice-président sortant de l’association et maire LR de Cannes (Alpes-Maritimes). Avec sa liste baptisée « Union soutenue par François Baroin », l’élu de 52 ans s’affiche clairement comme le dauphin désigné du président sortant. Il s’est lancé dans la course avec, à ses côtés, le maire socialiste d’Issoudun (Indre), André Laignel, inamovible premier vice-président délégué de l’AMF.

L’autre liste est conduite pat Philippe Laurent, secrétaire général de l’association et maire UDI de Sceaux (Hauts-de-Seine). L’homme de 67 ans « met en avant son engagement au sein de l’AMF depuis vingt ans », rapporte Le Monde (article abonnés).

L’issue de cet affrontement demeure incertaine. Sur franceinfo, Renaud Muselier a ouvertement appelé à voter pour Philippe Laurent. Le président LR de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur a ainsi lancé une lourde charge contre David Lisnard, pourtant du même parti et de la même région que lui. « Il y a bien longtemps que je ne commente plus les sorties de Renaud Muselier. Il est au service du président de la République », a rétorqué le maire de Cannes. L’AMF « se doit d’être transpartisane, on laisse aux vestiaires ses engagements militants », a de son côté estimé François Baroin.

Une bataille pour la tête d’une « puissante » association

La présidence de l’AMF est aussi disputée du fait du statut de l’institution. Avec plus de 34 000 maires et présidents d’intercommunalités dans ses rangs, l’Association des maires de France « est la plus puissante des organisations d’élus », analyse le politologue Thomas Frinault, maître de conférences à l’université Rennes 2, dans les colonnes de La Croix. L’association, créée en 1907 pour défendre les intérêts communaux, est « étroitement imbriquée dans le fonctionnement institutionnel », poursuit le quotidien.

Avec ce 103e congrès sur le thème des « Maires en première ligne face aux crises », en référence au mouvement des « gilets jaunes » et au Covid-19, l’objectif est d’interpeller une nouvelle fois sur les grands enjeux des relations entre l’Etat et les communes. François Baroin estime d’ailleurs que la crise sanitaire a conforté « de façon spectaculaire, incontestable, indiscutable et irremplaçable le rôle du maire comme pilier de la République ».

La définition d’une ligne face à l’exécutif

Les maires choisissent leur nouveau patron, mais aussi la relation qu’ils souhaitent entretenir avec Emmanuel Macron, jusqu’à la présidentielle d’avril 2022. Un enjeu d’autant plus important après ce quinquennat marqué par les disputes entre l’AMF et l’exécutif. Pour tenter de déminer les tensions, une importante délégation de maires sera reçue mercredi à l’Elysée. Le chef de l’Etat interviendra également jeudi, en clôture du congrès.

En 2017, Emmanuel Macron avait été sifflé lors de sa première intervention au congrès, en raison de désaccords avec les élus sur la suppression de la taxe d’habitation. Les relations ont été « très compliqu[ées] avec Emmanuel Macron, surtout au début du mandat avec la nationalisation de la taxe d’habitation, avec la réforme de l’APL [l’aide personnalisée au logement] ce qui fait que ce sont les communes qui ont dû assumer la charge », a fustigé David Lisnard lundi sur franceinfo.

Dans ce contexte, le positionnement par rapport à l’Elysée pourrait s’avérer crucial pour remporter le scrutin. David Lisnard, bien ancré à droite, se veut le garant de « l’ADN indépendant » de l’AMF, alors que Philippe Laurent, tenant d’une ligne plus centriste, est davantage disposé à dialoguer avec l’exécutif.

David Lisnard accuse d’ailleurs son rival d’être appuyé par la majorité présidentielle, même si aucun membre du gouvernement ne l’a soutenu publiquement. Des accusations rejetées par l’entourage du maire de Sceaux. « On n’est téléguidé par personne », se défend auprès de l’AFP le maire de Vesoul, Alain Chrétien, soutien du secrétaire général sortant.

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