la mode indigène défile contre le plagiat du savoir-faire ancestral de ces artisans textiles

Le Mexique sonne l’heure de la contre-offensive face au plagiat du savoir-faire ancestral de ses artisans textiles, en invitant des stylistes étrangers à dialoguer avec les communautés indigènes le temps d’un week-end pour jeter les bases d’une mode plus équitable.

C’est une démonstration de force du ministère de la Culture, qui a réuni des dizaines de créateurs indigènes dans l’immense parc des Pins (los Pinos) à Mexico, l’ancienne résidence des présidents mexicains rendue au public par l’actuel chef de l’Etat Andres Manuel Lopez Obrador.

En la @cultura_mx hacemos un llamado enérgico a @LevisMX y a Draco Textil a trabajar respetuosamente con las comunidades creativas de México, dentro de un marco ético y justo que las reconozca y no atente contra su identidad. pic.twitter.com/ZHW0SajP3C

— Alejandra Frausto (@alefrausto) November 21, 2021

Cette foire intitulée Original, l’art textile mexicain proposait à la vente des vêtements et des accessoires comme l’incontournable « huipil », blouse blanche traditionnelle en tissu de coton aux motifs finement brodés. A la nuit tombée, ce marché en plein air s’est achevé par deux défilés de mode aux allures de marches des fiertés indigènes, dans ce parc rebaptisé « résidence officielle du peuple du Mexique » par la ministre de la Culture Alejandra Frausto.

Une création présentée au Centre Culturel Los Pinos à Mexico lors de la foire Original, l’art textile mexicain, le 18 novembre 2021   (RODRIGO ARANGUA / AFP)

Le gouvernement a surtout voulu un rendez-vous militant contre le plagiat des motifs, des broderies et des couleurs chatoyantes des communautés du Chiapas ou de Oaxaca par des maisons de modes étrangères. « Le plagiat n’est pas un hommage », a répété lors de l’inauguration Alejandra Frausto, en parlant de « vol ».

La ministre se félicite d’avoir obtenu il y a un an des excuses de la part d’une styliste française, Isabelle Marant, qui avait utilisé les motifs traditionnels de la communauté Purepecha pour l’un de ses manteaux. Un représentant de la maison Isabel Marant devait venir parler avec des artisans indigènes, de même que celui d’une grande styliste espagnole, Agatha Ruiz De la Prada.

« A mitad del cielo, Cenit, abre sus fauces »

Sigue la pasarela #Original en https://t.co/T5pDaJaKxd pic.twitter.com/96FnOyxuDG

— Original México (@OriginalMexico) November 22, 2021

Deux jeunes stylistes venus spécialement de Paris ont discuté avec Ignacio Netzahualcoyotl et sa compagne Christian Janat, à la tête d’un atelier dans l’Etat de Tlaxcala à l’est de Mexico. « Le plagiat est le fruit d’une absence de communication. La communication permet de dégager des accords », résume Ignacio Netzahualcoyotl après la rencontre. « Nous demandons que notre travail soit payé de manière équitable. Le prix doit tenir compte du design, des patrons, du nombre d’heures travaillées… c’est ce dont nous avons parlé aujourd’hui avec ces deux stylistes », ajoute-t-il après avoir présenté aux deux Parisiens ses « sarape » (pièce de tissu ornementale).

Une création présentée au Centre Culturel Los Pinos à Mexico lors de la foire Original, l’art textile mexicain, le 18 novembre 2021   (RODRIGO ARANGUA / AFP)

« Nous voulons trouver un point d’accord avec les artisans avec qui nous allons travailler », ajoute du côté des stylistes parisiens Théophile Delaeter, co-créateur de la marque Calher Delaeter avec le franco-mexicain Alonso Calderon Hernandez.

Dans les allées du marché, les artisans indigènes se plaignent de découvrir sur internet des copies plus ou moins fines de leur tissu. « Il y a quelques mois, nous nous sommes battues, parce nous avons trouvé un huipil reproduit par ordinateur », s’offusque Candy Margarita de la Cruz Santiago, une jeune couturière de l’Etat du Oaxaca.

Des lois se mettent en place : « En accord avec de nouvelles dispositions que nous avons depuis l’année dernière, il est nécessaire d’avoir l’accord écrit des communautés quand ce genre d’art textile va être utilisé à des fins lucratives », explique un représentant de l’Institut national des droits d’auteur, Marco Antonion Morales Montes. Le Mexique demande également une discussion au sein de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, ajoute-t-il. « Il faut appliquer la loi contre les auteurs de plagiat. C’est du vol », conclut une tisserande artisanale, Marta Serna Luis, 58 ans.

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