« Il ne fait pas dans la demi-mesure »

À Pleurtuit près de Saint-Malo (Bretagne), Eric Zemmour, possible candidat à l’élection présidentielle, tient une conférence, vendredi 29 octobre. Ou plutôt un meeting. La salle est comble : 700 places assises avec des chaises rajoutées sur les côtés et un ticket d’entrée à 10 euros encaissés par l’association organisatrice de protection du patrimoine. Forcément, à ce prix, on ne trouve que des personnes conquises qui clament : « Éric président, Éric président ! », au début de cette réunion « culturelle ». « Ce n’est pas un meeting ni une réunion politique, c’est une conférence culturelle ! », précise l’organisateur lors de l’ouverture de la « conférence ». À l’évidence, il est bien le seul à ne pas comprendre qu’on est bien ici dans un meeting de campagne. Selon le sondage Ipsos-Sopra Steria pour franceinfo et Le Parisien-Aujourd’hui en France publié le 1er octobre, Éric Zemmour est crédité de 15% des intentions de vote au premier tour de l’élection présidentielle.

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D’ailleurs, les participants à la « conférence culturelle » viennent voir le candidat et non l’écrivain. Certains ont le dernier livre d’Éric Zemmour sous le bras, mais ils sont bien moins nombreux qu’au début de la tournée. Le public est assez varié. À gros traits, de classe moyenne, une petite majorité d’hommes, plutôt âgés. Certains venus en famille comme Gabrielle et son mari Mohamed, fils de harkis, la cinquantaine, tous deux cadres infirmiers à l’hôpital. Leur choix est fait : 2022, ce sera Zemmour. Et pourtant… « J’ai voté Macron aux deux tours en 2017. Je suis juppéiste, à la base », confie Mohammed. « Moi je n’ai pas voté pour Emmanuel Macron. J’ai voté contre Marine Le Pen », précise Gabrielle, elle qui compte désormais voter pour Éric Zemmour en 2022 : « Parce qu’en quatre ans, la situation s’est dégradée ».

Immigration, insécurité, éducation reviennent en boucle chez les participants et un sentiment domine presque toujours : l’urgence. Ils l’ont réalisé, disent-ils, en regardant Éric Zemmour dans ses émissions sur CNews. Ses apparitions télévisées quotidiennes sont donc aussi une des clés de son succès. C’est même un tremplin.

Tous les participants rencontrés, sans exception, l’ont découvert ou mieux connu grâce à son émission. C’est le cas de Thierry, la soixantaine, accompagnateur d’enfants handicapés. « Ça fait pas loin d’un an que je le suis, je l’ai beaucoup écouté sur CNews. J’ai aussi découvert ses écrits. Donc ça fait pas mal de temps quand même, bien avant qu’il monte dans les sondages ». Lui, c’est Sarkozy 2012, Le Pen 2017, mais la candidate Rassemblement national (RN) n’aura pas sa voix en avril prochain. « Le discours de Zemmour est plus clair, il identifie plus clairement le problème migratoire, juge Thierry. Il n’est pas dans la demi-mesure. »

« À mon avis, il est temps de mettre un terme à l’immigration massive et je pense aussi qu’il a un projet politique plus ambitieux pour la France que Marine Le Pen. »

Selon une enquête Ipsos, un tiers des électeurs potentiels d’Éric Zemmour votaient RN jusqu’ici. D’ancien militants sont présents. Luc, par exemple, petite soixantaine, blouson de cuir, nostalgique du FN « canal historique ». « Je ne me retrouve pas dans le RN par rapport au FN que j’ai connu il y a plusieurs années, souligne Luc. Je ne suis pas un soutien inconditionnel d’Éric Zemmour mais je me retrouve dans certaines idées proches de Jean-Marie Le Pen. »

Tous préfèrent fermer les yeux sur les outrances. Ici, on apprécie la radicalité du polémiste mais elle embarrasse, aussi. Les mots d’Éric Zemmour sur les enfants de l’école Ozar Hatorah de Toulouse assassinés par Mohamed Merah – des « étrangers avant tout et voulant le rester par-delà la mort » parce qu’inhumés en Israël, écrit-il dans son dernier livre – ont de quoi troubler Dominique : « Ça ne se dit pas, des choses comme ça….Que les enfants ne sont pas français parce qu’ils se font enterrer ailleurs. Mais peut-être qu’il faudrait aller plus au fond des choses quand il parle de choses comme ça. »

Quant aux affirmations d’Éric Zemmour sur Philippe Pétain, qui aurait « protégé les juifs français », Sylvain, étudiant en finances, et sa mère s’en détachent. « Moi ça me dérange. On ne peut pas nier qu’après 1942, Pétain n’a sauvé personne. Mais ça fait partie du personnage, ce côté arrogant et provocateur. » « Si on s’arrête à ce genre de propos, on va nulle part », ajoute sa mère Nadine. Peu importe la tentation du révisionnisme historique, peu importe les outrances, la gêne n’empêchera pas ces électeurs de glisser dans l’urne un bulletin Zemmour en avril prochain.

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