Emmanuel Macron « parie » sur la vice-présidente américaine qui « peut devenir présidente à n’importe quel moment »

Kamala Harris est en visite en France, où elle doit rencontrer Emmanuel Macron mercredi 10 novembre. La vice-présidente américaine « regarde vers l’avenir » selon Jean-Eric Branaa, spécialiste des États-Unis et maître de conférences à l’université Assas-Paris II. Elle « peut devenir potentiellement présidente à n’importe quel moment s’il arrivait quelque chose au président en exercice. C’est bien là-dessus qu’Emmanuel Macron a parié en invitant la vice-présidente américaine pour le Forum pour la Paix, c’est pour cela qu’elle est avant tout à Paris », a affirmé l’auteur de L’Amérique du futur, Kamala Harris.

franceinfo : Quel va être le rôle de Kamala Harris aujourd’hui ?

Jean-Eric Branaa : En réalité, Kamala Harris n’a aucun rôle. Elle est vice-présidente des États-Unis, d’après la Constitution elle n’existe pas. Elle est juste là pour attendre que le président cède sa place de différentes façons, y compris la mort.

« Elle est invitée par Emmanuel Macron parce qu’il parie sur l’avenir. De ce côté-là, ils se retrouvent tous les deux. »

Jean-Eric Branaa, spécialiste des États-Unis

à franceinfo

L’avenir de la France pour Emmanuel Macron qui rentre en campagne et l’avenir de l’Amérique pour Kamala Harris qui peut devenir potentiellement présidente à n’importe quel moment s’il arrivait quelque chose au président en exercice. C’est bien là-dessus qu’Emmanuel Macron a parié en invitant la vice-présidente américaine pour le Forum pour la Paix, c’est pour cela qu’elle est avant tout à Paris.

« Kamala Harris est aussi en train de déconstruire, avec Joe Biden, tout ce qu’a fait Donald Trump. »

Jean-Eric Branaa, spécialiste des États-Unis

à franceinfo

Hier, elle est allée à l’Institut Pasteur, c’était un beau clin d’œil à sa mère qui était une chercheuse et qui avait travaillé avec cette institut. C’était aussi un bon moyen de dire qu’elle croyait à la science, et dans ce moment de pandémie, c’est important. Il a suffisamment été dit pendant la campagne que Donald Trump n’y croyait pas. La présence de Joe Biden à l’ouverture des débats de la COP26 a été un geste très fort, et aujourd’hui c’est Kamala Harris qui vient en faire un autre en venant à ce Forum pour la Paix. Il y aura aussi la conférence sur la Libye, qui est aussi une page qui se tourne, on est dans la lutte contre le terrorisme et la reconstruction de cette région. Ce sont donc beaucoup de pages à tourner pour Kamala Harris qui accompagne Joe Biden là-dessus.

Sera-t-il tout de même question de ce contrat rompu des sous-marins ?

À peine. C’est vrai que dans la petite musique, on va certainement entendre de la part de la diplomatie française que les relations mettent du temps à se reconstruire mais qu’elles sont sur la bonne voie. Kamala Harris n’est pas là pour cela. Elle l’a dit elle-même, elle regarde vers l’avenir, elle n’est pas là pour parler du passé, et encore une fois, elle n’a pas à le faire, ce n’est pas son rôle. Elle ne va pas parler derrière le président des États-Unis pour le contredire, ni même pour l’adouber. Elle va parler d’autre chose, elle construit sa carrière internationale. Elle va aussi parler des bonnes relations avec la France, celles de la construction dans le spatial, au Sahel, dans la zone indopacifique. Tout cela va être abordé, parce qu’elle commence à apprendre le métier, elle est apprentie présidente et Emmanuel Macron accompagne ce mouvement.

Est-ce qu’elle retrouve ce rôle de vice-présidente comme l’avait voulu Joe Biden pendant sa compagne, c’est-à-dire le pouvoir en équipe ?

Oui et c’est vrai que Joe Biden fait bien attention de parler de l’administration « Biden-Harris » à chaque fois qu’il le peut, sauf au moment de la crise en Afghanistan où il l’a fait disparaître des radars, elle n’était plus à côté de lui sur la scène à chaque intervention. Mais elle est revenue, en particulier au moment de ce succès avec les infrastructures d’il y a quelques jours, elle sera là la semaine prochaine pour la grande cérémonie pour sceller ce pacte, et pour la future loi « Build Back Better », la loi sociale et climatique que Joe Biden veut faire passer très rapidement. C’est vrai qu’il met Kamala Harris en avant, et que c’est une administration à deux, c’est quelque chose d’assez nouveau. Mais c’est dans la logique de Joe Biden qui avait également demandé à Barack Obama que son rôle soit ainsi, parce que, rappelons-le, la Constitution américaine ne prévoit aucun rôle au vice-président.

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