des candidats qui revendiquent son héritage « aux antipodes » du gaullisme, selon un historien

« Il y a un cortège particulier » de personnalités politiques qui rendent hommage au général de Gaulle mardi 9 novembre à l’occasion du 51e anniversaire de sa mort, a souligné l’historien Pierre Manenti sur franceinfo. Il déplore « que certains d’entre eux sont par leurs projets, leurs personnes et leurs propos aux antipodes de ce qu’était le général de Gaulle et le gaullisme ».

Il dénonce une « récupération » par des candidats « qui ne sont pas respectueux du projet du général de Gaulle, de sa parole, voire qui ont tenu à son égard dans les temps passés des propos parfois désagréables, voire injurieux, et que l’on voit aujourd’hui venir à son chevet à Colombey-les-Deux-Églises. »

franceinfo : De nombreuses personnalités politiques rendent aujourd’hui hommage au Général. Est-ce que ce défilé n’est pas lié avant tout à l’élection présidentielle ?

Pierre Manenti : Effectivement, il y a des commémorations chaque année. Elles ont été particulières l’année dernière puisque c’était un double anniversaire, celui de la naissance du général de Gaulle en 1890, puis celui de son décès en 1970. Mais il y a un cortège particulier et nombreux du fait de cette élection présidentielle et en raison de la volonté d’un certain nombre de candidats de s’approprier cet héritage du général de Gaulle, alors que certains d’entre eux, sont parfois par leurs projets, leurs personnes, leurs propos, aux antipodes de ce qu’était le général de Gaulle et le gaullisme.

Quel est l’intérêt pour les politiques de se revendiquer du général de Gaulle ?

Le général de Gaulle, c’est d’abord le témoin d’une époque, celle de la résistance, de la guerre. Et puis, c’est aussi le témoin d’une époque de réussite, de prospérité avec les Trente Glorieuses. Le rappel à cette figure historique qu’est le général de Gaulle dans le débat public, apporte une forme d’assurance, une forme de calme, de bonheur. On fait écho à cette période de réussite pour dire aux Français qu’on pourrait y revenir. Qu’il pourrait y avoir un nouvel âge d’or pour la France. C’est un peu la nostalgie qui s’empare de la classe politique par cet appel au général de Gaulle.

51 ans après la mort du général, le gaullisme n’est-il pas dépassé ?

Non, d’ailleurs le fait que l’on y revienne aujourd’hui en 2021, cela montre une attente très forte des Français. Quand on regarde les sondages sur les personnalités préférées des Français, le Général est classé bien loin devant Napoléon ou Louis XIV, parce qu’il est à la fois une figure politique à laquelle on a envie de se rattacher, mais il est aussi une figure entrée dans l’histoire. Quand on parle du général de Gaulle, on ne parle pas seulement de ses mandats politiques à la Libération et de 1958 à 1969. On parle aussi du géant historique qui a résisté et qui a porté cette parole courageuse depuis Londres et qui a reconstruit le pays à deux reprises.

Se référer à de Gaulle, est-ce pour remplir un certain vide ?

Oui, c’est vrai.

« Le fait que l’on continue, plus de cinquante ans après sa mort, à parler du général de Gaulle montre bien qu’aucune autre personnalité politique n’a su remplir cet espace. » 

Pierre Manenti, historien

à franceinfo

Mais parce que, je le redis, le général de Gaulle, en plus d’être une personnalité politique, était une personnalité historique. Il avait une épaisseur personnelle humaine du fait de son engagement pendant la Seconde Guerre mondiale, que personne n’a su remplacer en temps et en heure dans ses successeurs. Je suis en colère lorsque je vois la récupération tentée par un certain nombre de personnes qui ne sont pas respectueux du projet du général de Gaulle, qui ne sont pas respectueux de sa parole, voire qui ont eu à son égard dans les temps passés, des propos parfois désagréables, voire injurieux, et que l’on voit aujourd’hui venir à Colombey-les-Deux-Églises se réclamer et finalement essayer de capter cet héritage national à leur profit politique.

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