« L’engagement fait partie de notre ADN »

Kemar est le chanteur du groupe, de rock et heavy metal No one is innocent. Depuis presque 29 ans, le groupe écrit les lettres de noblesse du rock français engagé et sort aujourd’hui un nouvel album, Ennemis. Il est aussi sur les routes de France pour une série de concerts.  

franceinfo : Ennemis, comme son nom l’indique, s’inscrit dans l’ADN de No one is innocent. « Le feu sacré brûle encore » ?

Kemar : Exactement. Vous êtes en train de citer un morceau qui s’appelle Nous sommes et dans lequel on continue à dire qu’on a toujours le feu sacré, que l’engagement fait partie de notre ADN. On reste fidèle après toutes ces années à nos convictions dans la musique, parce qu’on n’a pas choisi une musique facile dans ce pays. Mais il y a des gens qui nous suivent. Tant mieux.

Utiliser la musique pour dire des choses a toujours été notre fil conducteur.

Kemar, du groupe No one is innocent

à franceinfo

C’est vrai que vous continuez à dénoncer pas mal de choses.

On a une maison de disques qui ne nous emmerde pas. Il y a une certaine liberté de ton, de musique et c’est ça qui est top. J’ai cette idée de ‘gardien du temple’ contre les ennemis de la liberté d’expression. On est libres de dire ce qu’on veut.

Ce n’est pas se la raconter, ce n’est pas être prétentieux, etc. C’est parce qu’on le fait à travers la musique quand même. Avant tout, c’est un groupe qui fait de la musique.

Presque 30 ans après la naissance du groupe, on compte dix albums, des centaines de concerts en France et dans le monde. Une tournée avec Motörhead, deux stades de France avec AC-DC, deux avec Les Insus et le Hellfest Festival. Quel regard avez-vous sur ce parcours qui a démarré Porte de Clignancourt dans un tout petit studio en 1993 ?

C’est génial. C’est un rêve ce groupe ! Je le souhaite à tous les groupes, à tous les artistes, mais ça n’a pas été sans batailler. Faire du heavy metal en France, il faut avoir les reins solides. On avait choisi dès le départ de chanter en français, ça n’a pas été très facile parce qu’il faut s’accrocher pour faire sonner le français dans cette musique. On a beaucoup bossé et ça a roulé comme ça.

Comment avez-vous vécu cette ascension ?

Moi, j’ai toujours eu les pieds sur terre. Je ne sais pas si c’est à cause de mon éducation. Je n’ai jamais eu l’impression de péter les plombs, de me la raconter beaucoup.

Dès le départ, on était hyper confrontés à plein d’ennemis.

Kemar, du groupe No one is innocent

à franceinfo

Vous avez des origines arméniennes, quelque chose de très important pour vous et ça a donné la chanson Another Land qui dénonçait le génocide arménien. Est-ce que c’est ça, justement, qui vous permet de garder les pieds sur terre ?

Dans cette éducation, il y a un peu une idée d’instinct de survie et c’est peut-être ça qui fait qu’on garde toujours un peu les pieds sur terre, en se disant, il faut y arriver, il faut résister, continuer à vivre, à faire ce dont on a envie. Et je pense que ce n’est pas en pétant les plombs qu’on y arrive.

Quand on parle de No one is innocent, on pense à l’album Révolution.com. Il a donné lieu à une tournée incroyable avec le titre Où étions-nous ? qui parle de la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle en 2002. Un épisode qui vous a vraiment énormément heurté. Dans ce nouvel album, on continue à parler de personnes qui ne devraient pas être au pouvoir ou en tout cas qui vous dérangent.

Ou qui ne devraient pas être aussi influents que ça et qu’on ne devrait pas encenser tant que ça.

Est-ce que vous avez toujours aussi peur ?

Vu ce qui va nous arriver en avril prochain, évidemment qu’on est super flippés parce que le choix qu’on nous propose est exécrable. Il faut des nouvelles têtes. Il faut des nouvelles façons de parler et c’est ça dont on a besoin. Et dans le groupe on est quand même vachement inquiets par rapport à ce qu’il va se passer en avril.

Tout est résumé dans cet album Ennemis. Fier de ce parcours ?

On est hyper fiers parce qu’on a toujours été libres de dire ce qu’on pense. Personne ne nous a mis des bâtons dans les roues. On a utilisé cette musique qui n’est pas facile, mais qui a fait aujourd’hui des milliers, des millions de fidèles dans ce pays et partout dans le monde. Rien que pour ça, c’est génial. D’être libres artistiquement, de ne pas avoir un manager qui dit : « Non, ne parle pas de ça, ce n’est pas bien, par rapport aux médias, etc. » Alors oui, effectivement, on n’est pas tous les jours sur franceinfo, mais on ne s’en plaint pas.

Tout est dit dans la dernière chanson de l’album : Aux armes, aux décibels. Tout se passe sur scène et sans aucune violence ?

Exactement ! Tous les musiciens le savent. Les chanteurs le savent. Faire un album, c’est un prétexte pour aller sur scène.

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