Jean Paul Gaultier dévoile son amour du 7e art et de la mode glamour dans l’exposition « CinéMode » à la Cinémathèque française

Imaginée par Jean Paul Gaultier, l’exposition CinéMode à la Cinémathèque française propose jusqu’au 16 janvier 2022 une histoire croisée du cinéma et de la mode où grands couturiers et stars de cinéma se côtoient. Extraits de films, photographies et tenues choisis par le couturier ponctuent ce parcours très riche en découvertes.

Avant la visite de l’exposition, le couturier cinéphile, qui a souvent placé ses créations vestimentaires sous le signe du 7e art, a accordé une conférence de presse lors de laquelle il a expliqué pourquoi le cinéma a une telle importance dans sa propre histoire.

Tout commence avec Falbalas, film fondateur vu adolescent, qui déterminera son parcours de couturier. Une salle entière de l’exposition lui est consacrée. La deuxième étape est liée à un autre film, Qui êtes-vous Polly Magoo ?, regard critique de la mode des années 60 et film fétiche pour Jean Paul Gaultier. Enfin, le créateur met l’accent sur l’importance du défilé de mode et des films qui y sont consacrés.     

L’exposition, divisée en cinq sections, aborde aussi des thèmes qui tiennent à coeur au couturier : la libération de la femme, l’égalité des sexes et la féminisation des silhouettes masculines (que nous n’évoquerons pas ici). CinéMode, c’est une bonne dose d’énergie et de bonne humeur à déguster sans modération. 

« Falbalas » de Jacques Becker : la révélation 

La visite débute par une salle consacrée au film Falbalas de Jacques Becker (1945) et non sans raison. L’exposition est dédiée à son amie la cinéaste Tonie Marshall (1951-2020), fille de l’actrice Micheline Presle, que Jean Paul Gaultier découvre à 13 ans dans Falbalas. Ce mélodrame, dont l’histoire est ancrée dans l’effervescence d’une maison de couture, a été une révélation pour lui, et sa première école de mode. « Ce film-là, c’est ça que je veux faire. Je veux être couturier comme le couturier, je veux faire les mêmes choses… Ça a été ma bible. Ça a été le livre qui a été mon école. Je n’ai pas fait d’école de mode, je n’ai fait que voir et revoir ce film et après j’ai eu la chance à 18 ans de rentrer chez Pierre Cardin, d’aller chez Jean Patou… où là quand je suis arrivé, je me suis dit : mais je suis chez Falbalas ! Ce film était tellement exceptionnel : il faisait une peinture parfaite de ce que j’ai vu après dans la couture et dans la mode », se souvient Jean Paul Gaultier. 

Photo extraite du film Falbalas de Jacques Becker avec Micheline Presle, Raymond Rouleau et Gabrielle Dorziat  (HENRI CARUEL & HENRI THIBAULT. Avec l’aimable autorisation de la succession Jacques Becker)

« Pourquoi c’était si bien ce film ? C’était parce que le réalisateur était ami avec Marcel Rochas », précise Jean Paul Gaultier. Les costumes ont été réalisés par l’un des premiers couturiers à avoir compris que le cinéma pouvait servir de vitrine à ses créations (le défilé final est ainsi une compilation de ses grands succès). Autre clin d’oeil amusant que souligne Jean Paul Gaultier : c’est « un couturier qui en plus avait fait des guêpières ». Rochas est, en effet, souvent crédité comme l’inventeur de la guêpière en 1945. Dès ses premières collections prêt-à-porter au début des années 1980, Jean Paul Gaultier la revisite, au point qu’elle est devenue une des pièces maîtresses de sa griffe.

Extrait du film Falbalas de Jacques Becker avec Micheline Presle, Raymond Rouleau et Gabrielle Dorziat.  (HENRI CARUEL & HENRI THIBAULT. Avec l’aimable autorisation de la succession Jacques Becker)

« Qui êtes-vous Polly Maggoo ? » de William Klein : le film fétiche

Outre Falbalas, Qui êtes-vous Polly Maggoo ? est un autre film important pour Jean Paul Gaultier. Son dernier show haute couture printemps-été 2020, sur la scène du théâtre du Châtelet à Paris en janvier 2020, débutait par un extrait du premier long métrage du photographe William Klein. Un film réalisé en 1966 dans un monde des sixties en mutation. 

« C’est un de mes films fétiches car il montre la mode avec un angle tout à fait à part et un oeil assez sarcastique et ironique. Moi je n’ai peut-être pas de sarcasme, car la mode, je l’aime quand même comme elle est, mais je vois très bien le côté ironique qu’il peut y avoir dans la mode : cette espèce de décalage et quelque fois de snobisme. Tout cela m’a toujours en même temps amusé, mais j’ai essayé de passer outre ce snobisme », explique Jean Paul Gaultier. 

Vingt ans plus tard, William Klein filmera, dans son documentaire Mode in France, Jean Paul Gaultier en backstage. 

Satire poétique du monde des médias et de la couture, Qui êtes-vous Polly Maggoo ? s’ouvre sur une scène de défilé de robes en métal, hurlant, grinçant et délirant. A la même époque, en 1968, Jane Fonda, sous les traits de l’aventurière Barbarella, revêt à son tour une tunique psychédélique en métal créée par Paco Rabanne. Deux ans auparavant, le styliste a fait sensation en présentant sur les podiums parisiens douze robes importables en rhodoïd et acier fabriquées au chalumeau. La mode des années 1960 est révolutionnaire : c’est l’époque du Space Age, que représentent des couturiers comme Pierre Cardin et André Courrèges qui expérimentent de nouvelles formes ou matières.

Backstage d’un défilé de Jean Paul Gaultier : collection Barbès, 1984, prêt-à-porter femme automne-hiver 1984-1985. (William Klein)

Le défilé de mode : quintessence du spectacle

Célébration ultime, le moment du défilé est donc un incontournable de la plupart des films dont l’intrigue se déroule au sein de la mode. Les essayages en backstage, la presse, le public des premiers rangs, cet univers fashion est abordé dans cette dernière partie de l’exposition avec des films comme Funny Face (Stanley Donen, 1957), Le Diable s’habille en Prada (David Frankel, 2006) en passant par Absolument Fabuleux (Gabriel Aghion, 2001).

Dans les années 1980, Jean Paul Gaultier mais aussi d’autres créateurs comme Thierry Mugler ou Vivienne Westwood font du défilé de mode une création collective similaire à celle du cinéma car il est construit sur un scénario, une orchestration sonore et une scénographie élaborée.

Ce choix d’une thématique consacrée au défilé n’est pas anodin pour Jean Paul Gaultier « J’ai fait de la mode parce qu’il y a cette notion de spectacle. Dans Falbalas, on voit le défilé, au moins c’était du spectacle et j’ai voulu faire de la mode pour faire ce spectacle-là. Le défilé est quelque chose d’irréel, d’abstrait. C’est comme un film. Il y a les projecteurs sur les mannequins, les mannequins qui défilent et il y a un public ».

« Dans mes défilés, j’ai essayé de trouver des filles qui avaient une telle énergie, une telle personnalité, que je trouvais qu’elles correspondaient aux femmes modernes. Elles avaient des physiques très différents, qui étaient plutôt androgynes mais l’attitude aussi comptait. Dans un défilé la gestuelle des mannequins compte, cela représente leur personnalité » précise, encore, Jean Paul Gaultier. 

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