« C’est beaucoup d’émotion de revenir ici », témoignent Basile Boli et Jean-Pierre Bernès

« Tapie, c’était un Parisien marseillais », explique jeudi 7 octobre sur franceinfo l’ancien bras droit de l’ex-président de l’Olympique de Marseille (OM), Jean-Pierre Bernès. Quatre jours après le décès de Bernard Tapie, un hommage lui sera rendu au stade Vélodrome, avant son enterrement vendredi dans la ville. « C’est beaucoup d’émotions de revenir ici », ajoute de son côté l’ancien défenseur olympien Basile Boli. Les deux hommes racontent avec émotion leurs souvenirs avec Bernard Tapie à franceinfo. « C’est notre vie », résume Basile Boli.

franceinfo : Comment définiriez-vous Bernard Tapie ?

Jean-Pierre Bernès : Quand j’ai rencontré Bernard, j’avais 29 ans. C’est un âge relativement jeune professionnellement, et je peux vous assurer que quand vous rencontrez un homme comme lui à 29 ans, vous êtes formé à vie. Il m’a construit professionnellement. Quand vous travaillez sept ans avec Bernard Tapie, c’est comme si vous travailliez 15 ans ailleurs. C’est un homme qui vous apporte son exigence, le goût du travail et de l’ambition.

Basile Boli : C’était un bonhomme. C’est beaucoup d’émotions de revenir aujourd’hui à Marseille, dans la ville qu’il a transformé en terme footballistique. Il lui a inculqué la gagne et il a changé complètement la physionomie d’un club qui vivait ses derniers soupirs… Retourner à Marseille [pour y être enterré], c’est fantastique pour lui.

28 ans après, parlez-vous encore de votre victoire en finale de la Ligue de Champions ?

Jean-Pierre Bernès : Oui, c’est un évènement qu’on ne peut pas oublier et qui a marqué l’histoire de Marseille.

Qui a marqué votre histoire à tous les trois, avec Bernard Tapie ?

Basile Boli : Oui ! Par exemple, Jean-Pierre a fait partie des gens qui m’ont aidé parce je n’étais pas aimé à Marseille. Lors des premiers matchs amicaux, il y avait des banderoles « Boli tu pues », « libérez les animaux » au stade Vélodrome. Jean-Pierre donnait des consignes pour faire retirer ces banderoles et il a fait comprendre à Bernard Tapie qu’il y avait des supporters qui ne m’aimaient pas beaucoup… Tapie a pu transformer ça. Pour mon premier match au Vélodrome, le speaker a cité Di Meco, Amoros, Olmeta, Mozer, mais a sauté mon nom. Je ne me suis pas fait siffler. Dans le vestiaire, Tapie m’a dit : « Je l’ai fait exprès pour que tu leur montres qui tu es. »

Jean-Pierre Bernès, vous avez tout vécu avec Bernard Tapie, y compris l’affaire VA-OM… Ce lien-là ne s’est jamais rompu ?

Jean-Pierre Bernès : On a tous les deux été marqués à vie par cette affaire. Je pense qu’on a payé pour l’exemple, comme Richard Virenque a payé pour l’exemple à l’époque dans le cyclisme. Mais je pense qu’avec la présence de Bernard, on est tombé dans l’excès médiatique. S’il y avait eu un autre président de l’OM que Bernard Tapie, on ne serait pas tombé dans l’excès comme ça. Je pense vraiment qu’on aurait pu nous éviter l’incarcération pour une telle affaire. Croyez-moi, l’incarcération, ça chamboule un homme, ça chamboule une famille, et ça chamboule surtout la santé.

Que signifie le fait que Bernard Tapie ait choisi d’être enterré à Marseille ?

Jean-Pierre Bernès : Tapie, c’était un Parisien marseillais. Ce matin, j’ai survolé Marseille et j’ai encore eu tous les souvenirs qui me sont revenus. J’ai survolé le stade Vélodrome, j’ai repensé à tous les matchs. J’ai survolé la Joliette et la mairie de Marseille, devant lesquelles son bateau était souvent amarré. J’ai survolé le Sofitel de Marseille, où on faisait nos réunions. Bernard est un homme que j’ai beaucoup aimé, qui m’a beaucoup donné, qui m’a construit, et je lui en serai redevable à vie [il étouffe un sanglot]…

Basile Boli : C’est notre vie quoi. C’est des moments… Je ne sais pas comment expliquer ça. C’est le vestiaire, c’est les pleurs, c’est terrible ce que Jean-Pierre vient de dire parce que ça me ramène encore au moment où on sait qu’on va gagner, on sait qu’on est meilleurs, et on ne la gagne pas (la finale de la Coupe des clubs champions de 1991, perdue contre l’Étoile rouge de Belgrade, ndlr.).

Jean-Pierre Bernès : Je crois qu’avec Basile, on fait vraiment un gros effort pour parler de tout ça.

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