Trois expositions atypiques dédiées à la mode en marge de la Paris Fashion Week

Pas de semaine de la mode sans une flopée d’expositions. Lors de la pandémie de Covid-19, elles avaient été moins nombreuses mais depuis la rentrée de septembre, elles sont à nouveau au rendez-vous. Outre les trois grands événements très attendus – Thierry Mugler Couturissime au Musée des Arts Décoratifs, Cinémode à la Cinémathèque et Une histoire de le mode. Collectionner, exposer au Palais Galliera au musée de la mode de la ville de Paris – d’autres plus confidentielles méritent incontestablement le détour.

A l’exposition Florae Mika Ninagawa de Van Cleef & Arpels – où dialogue des créations joaillières et des photographies -, la scénographie est déroutante. La boutique de maroquinerie Camille Fournet abrite, quant à elle, une oeuvre étrange de l’artiste Lucien Murat dans le cadre du projet Equinoxes 5. Enfin, la galerie Joyce propose avec Hitchbag collection de Robert Mercier, une plongée dans l’univers d’un maître du suspense. Suivez le guide.

Van Cleef & Arpels a donné carte blanche à la photographe japonaise Mika Ninagawa – réputée pour son travail sur la couleur – pour imaginer une exposition en hommage aux fleurs. Pour ce dialogue artistique entre joaillerie et photographie, l’architecte Tsuyoshi Tane a imaginé une scénographie qui interpelle.

Exposition Florae Mika Ninagawa de Van Cleef & Arpels à l’hôtel d’Évreux à Paris jusqu’au 14 novembre 2021 (Takuji Shimmura)

Fondée sur des jeux de lumière et de miroir, c’est une promenade dans un labyrinthe abritant plus d’une centaine de pièces de la collection patrimoniale et de bijoux contemporains nichés dans des vitrines de verre. Les murs de la galerie sont couverts de miroirs, démultipliant l’espace, et de photos surdimmensionnées de Mika Ninagawa installées sur des parois de verre, qui s’illuminent et s’éteignent avant de laisser apparaître une surface réfléchissante. La visite se fait donc à pas comptés : la marche est hésitante car l’on perd un peu la notion des distances en passant constamment de l’ombre à la lumière. Une expérience déroutante mais qui vaut le déplacement car les photographies aux couleurs vibrantes de l’artiste japonaise offrent une plongée au coeur de la nature tandis que scintillent au milieu de celles-ci les créations joaillières inspirées des fleurs de la maison Van Cleef & Arpels.
Florae Mika Ninagawa de Van Cleef & Arpels. Hôtel d’Évreux. 19, place Vendôme. Jusqu’au 14 novembre 2021.

Aujourd’hui les marques invitent de plus en plus, au sein de leur boutique, des artistes : la maison de maroquinerie Camille Fournet accueille, dans le cadre de son projet artistique Équinoxes 5, une installation de Lucien Murat (il a étudié les beaux-arts à la Saint Martin’s School of Art à Londres). « Nous choisissons des artistes dont la démarche se rapproche de la nôtre. Nous sommes une jeune maison, encore en création. Là où d’autres marques peuvent se référer à leur patrimoine et à leur histoire pour créer leurs collections, nous devons toujours inventer, partir d’une page blanche et nous poser des questions, qui, toutes proportions gardées, peuvent se rapprocher de la démarche créative de l’artiste » indique Françoise Déchery, directrice de la marque et collectionneuse. 

Oeuvre de Lucien Murat installée dans la boutique de maroquinerie Camille Fournet dans le cadre du projet Equinoxes 5, le 27 septembre 2021 à Paris  (Alice Haldenwang)

L’oeuvre ultra colorée attire l’oeil au fond de cette boutique toute blanche. « Elle représente une femme assez étrange, mutante, en lui donnant des attributs très féminins et très masculins, pour créer ce personnage dérangeant » explique l’artiste avant de préciser « ces femmes sont toujours en mouvement, mobiles et portent des attributs qui les rendent fortes et les protègent en même temps. À travers cette représentation d’une femme guerrière, j’ai voulu pousser la féminité à son paroxysme ».

L’oeuvre consiste en un assemblage de cuirs provenant de la manufacture Camille Fournet, de bâches, d’enduit et de sable, entre autres. Ici se croisent plusieurs techniques : peinture, broderie, canevas kitsch, patchwork. 
Camille Fournet. 5, rue Cambon. Exposition Equinoxes 5. Jusqu’au 28 mars 2022.

Depuis 1996 la Galerie Joyce met en avant la découverte, la création, la passion et le savoir-faire dans un lieu qui se veut « no limits ». Sont invités, designers, photographes, artistes de tous horizons mode ou hors mode car « aider les jeunes designers ou artistes méritants » est le credo que Marie Chantal Doyonnard, la directrice de la galerie, prône depuis toujours. Elle a donné carte blanche à Robert Mercier, qui s’inspire d’Alfred Hitchcok, le maître du suspense, pour sa première collection de sacs et d’objets.  

Après avoir collaboré, entre autres, avec Hermès, Louis Vuitton ou Céline, le sellier maroquinier crée son entreprise en 2015 sous le nom de Gienah. Il puise son inspiration dans des univers aussi variés que ceux de Francis Bacon et Pierre Soulage, d’Alexander McQueen et Rick Owens, ainsi que dans le cinéma de Stanley Kubrick et d’Alfred Hitchcock. Autodidacte, il a travaillé le bois mais surtout le cuir. « C’est ma toute première collection. Pour cette exposition, je voulais revenir aux origines, à ma première oeuvre marquante : les films d’Alfred Hitchcok. Je voulais les accessoiriser mais en version 2021, en créant tout un univers autour de certains de ses films » explique cet artisan, qui travaille régulièrement avec les métiers d’art. Parmi les pièces présentées ici, une boîte à bijou inspirée de Psychose qui prend la forme du Bates hôtel où se déroulent plusieurs scènes du film. Réalisée en bois et cuir, avec plusieurs techniques de gaufrage et de gainage, elle est dotée d’un tiroir caché avec une poignée couteau. Pour Robert Mercier, c’est « une sorte de jouet pour adulte ». 

The Hitchbag collection by Robert Mercier. Galerie Joyce. Jardin du Palais Royal. 168, Galerie de Valois. Exposition jusqu’au 2 octobre 2021.

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