on vous explique comment l’Etat français reconnaît peu à peu l’abandon de ces anciens combattants

Une cérémonie pour « apaiser ». Emmanuel Macron préside une réception consacrée aux harkis, lundi 20 septembre, pour « franchir un nouveau pas » vers la reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français dans les souffrances de ces anciens combattants aux côtés de l’armée française durant la guerre d’Algérie. Ce rendez-vous avait été annoncé en janvier, lors de la remise du rapport de l’historien Benjamin Stora visant à promouvoir « l’apaisement des mémoires » autour de la guerre d’Algérie, mais il se tient à une date symbolique, à cinq jours de la journée nationale d’hommage aux harkis, célébrée tous les 25 septembre depuis 2001.

Qu’ont subi les harkis ?

Les harkis sont d’anciens combattants algériens – jusqu’à 200 000 hommes – recrutés comme auxiliaires de l’armée française pendant le conflit qui opposa de 1954 à 1962 des nationalistes algériens à la France. Ils tirent leur nom du mot « harka », qui signifie « mouvement » en arabe. Mais au lendemain des accords d’Evian du 18 mars 1962, consacrant la défaite française en Algérie, le gouvernement français refuse leur rapatriement massif. Une partie d’entre eux est alors victime de sanglantes représailles en Algérie. Quelque 42 000 autres, souvent accompagnés de femmes et d’enfants, sont transférés en France, tandis qu’environ 40 000 autres parviennent à rejoindre l’Hexagone par des filières clandestines. Mais à leur arrivée, ils sont placés dans des « camps de transit et de reclassement » aux conditions de vie indignes et durablement traumatisantes.

Que demandent-ils à la France ? 

Les harkis ont connu une intégration difficile en France, à la fois assimilés à des immigrés et rejetés par les immigrés. En 2000, le président algérien Abdelaziz Bouteflika les qualifie de « collaborateurs » et, tout en critiquant leurs conditions de logement en France, il exclut leur retour en Algérie, qui n’est « pas leur pays ».

Depuis 1974, plusieurs enfants de harkis ont mené des grèves de la faim et marches de protestation pour obtenir la reconnaissance de leur drame et une amélioration de leur sort. Une plainte pour « crimes contre l’humanité » a été déposée par huit harkis en août 2001 à Paris. Celle-ci faisait état de 150 000 victimes mais n’a pas abouti.

Les associations de harkis réclament aujourd’hui, dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron, qu’une « loi de reconnaissance de l’abandon des harkis » soit votée d’ici « la fin de l’année ». « On vous a vu avoir le courage de reconnaître des pages sombres de notre histoire, sur la guerre d’Algérie, le Rwanda ou les essais nucléaires en Polynésie », y écrit l’Association justice information réparation pour les harkis (Ajir).

« Nous avons espoir que vous serez celui qui mettra fin à soixante ans d’une certaine hypocrisie consistant à reconnaître l’abandon des harkis dans les discours mais à la refuser dans une loi. »

L’Association justice information réparation pour les harkis

dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron

Quels gestes l’Etat français a-t-il fait ?

En août 2001, la France instaure la première journée d’hommage national aux harkis, fixée au 25 septembre. Ce jour-là, le président Jacques Chirac déclare que « les massacres commis en 1962, frappant les militaires comme les civils, les femmes comme les enfants, laisseront pour toujours l’empreinte de la barbarie. Ils doivent être reconnus ». Le 23 février 2005, une loi prévoit une allocation de reconnaissance pour « les harkis, leurs orphelins et les rapatriés d’origine européenne ».

En 2016, François Hollande reconnaît les « responsabilités des gouvernements français dans l’abandon des harkis, les massacres de ceux restés en Algérie et les conditions d’accueil inhumaines des familles transférées dans les camps en France ». 

En septembre 2018, la secrétaire d’Etat aux Armées Geneviève Darrieussecq présente un « plan harkis » comprenant le déblocage de 40 millions d’euros sur quatre ans pour revaloriser les pensions des anciens combattants et venir en aide à leurs enfants qui vivent dans la précarité. Un montant que les représentants harkis jugent alors très insuffisant. La même année, le Conseil d’Etat condamne pour la première fois l’Etat à indemniser un fils de harki ayant subi des « séquelles » liées aux conditions de vie « indignes » dans les camps où il a vécu en France.

Que va annoncer Emmanuel Macron ?

Lundi, quelque 300 personnes ont été invitées à l’Elysée : des harkis, qui sont désormais très âgés, soixante ans après la fin du conflit, mais aussi leurs descendants, des responsables d’associations et des personnalités. Au cours de la réception, Emmanuel Macron doit décorer Salah Abdelkrim, un représentant harki blessé au combat, un officier français, le général François Meyer, qui a organisé le rapatriement « de plusieurs centaines de harkis en désobéissant aux ordres », et une fille de harki, Bornia Tarall, « militante de l’égalité des chances et de la diversité ». 

Mais le point fort de la cérémonie sera, à 10h30, le discours d’Emmanuel Macron dans lequel il va « ouvrir le chantier de la réparation », en allant plus loin que ses prédécesseurs, selon l’Elysée.

« Le président considère que le travail accompli depuis soixante ans est important mais qu’il faut franchir un nouveau pas dans la reconnaissance au manquement qui a été fait aux harkis mais aussi au manquement de la République française à ses propres valeurs. »

L’Elysée

cité par l’AFP

« Il y aura une dimension pécuniaire. Mais la réparation, c’est aussi aller au-delà de la simple reconnaissance d’abandon, et évoquer un manquement », ajoute la présidence, sans détailler davantage le contenu du discours du chef de l’Etat.

Outre les différentes initiatives déjà prises (sur Maurice Audin, l’ouverture des archives ou l’assassinat de l’avocat Ali Boumendjel…), le président de la République entend encore participer à deux journées mémorielles en rapport à la guerre d’Algérie d’ici la fin du quinquennat : celle consacrée à la répression par la police française d’une manifestation d’Algériens à Paris le 17 octobre 1961 et une autre pour les 60 ans des accords d’Evian, signés le 18 mars 1962.

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