Fin des tests PCR gratuits : la crainte d’une «fracture sociale»

La Commission consultative des droits de l’homme doute que la non-gratuité du dépistage du covid comme incitation à la vaccination va avoir l’effet escompté. Pire : les inégalités pourraient se creuser.

Le Premier ministre, Xavier Bettel, l’a annoncé sans équivoque le 1er septembre dernier. Considérant que chaque citoyen adulte a entretemps eu l’occasion de se faire vacciner contre le covid, «il n’appartient plus à la majorité de payer les tests PCR d’une minorité qui ne veut pas se faire immuniser». En d’autres termes : avec la fin de la campagne de testing à grande échelle (LST) en date du 15 septembre, les citoyens n’auront également plus l’occasion d’effectuer un test PCR gratuit.

L’accès libre au dépistage a été introduit le 20 juin afin de permettre à l’ensemble de la population de respecter les critères du «Covid Check». À ce moment, l’avancement de la campagne de vaccination n’avait pas encore permis d’envoyer une invitation à toutes les personnes de plus de 12 ans. Aujourd’hui, le taux de vaccination des plus de 18 ans ayant un schéma vaccinal complet s’établit à 71,5 %, classant le Luxembourg en 12e position parmi les 30 pays surveillés par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC).

292 000 tests depuis le 20 juin

Au départ, élargir l’accès aux tests PCR était censé éviter des discriminations entre vaccinés (ou rétablis) et non-vaccinés. L’offre a connu un grand succès. Entre le 20 juin et le 31 juillet, 188 226 dépistages avaient déjà été menés. Un pic a été atteint lors de la semaine du 26 juillet avec 35 966 tests. Sur les 11 dernières semaines, quelque 407 500 tests PCR ont été effectués au Luxembourg, dont près de 292 000 dans le cadre du testing à grande échelle ouvert à tous. Il s’agit d’un quota de 72 %. Ce dépistage n’a pas seulement servi aux personnes testées de partir en vacances, mais quelque 880 infections ont aussi été détectées.

La nouvelle stratégie du gouvernement, qui vise à mettre la pression sur les non-vaccinés, soulève aux yeux de la Commission consultative des droits de l’homme (CCDH) «des questions juridiques, sociétales et épidémiologiques». Tout d’abord, la non-gratuité des tests PCR risquerait de «discriminer des personnes en fonction de leur état de santé, de leur situation financière ou de leur conviction et risque donc de scinder la société et de renforcer les inégalités». La CCDH redoute en outre que la stratégie adoptée «pourrait avoir des impacts néfastes sur le vivre ensemble, alors qu’il faut veiller à intégrer toute personne en ayant recours à la sensibilisation, étant donné qu’une couverture vaccinale maximale est le moyen le plus efficace de lutter contre la pandémie et de favoriser la vie en société».

Le test sur ordonnance reste gratuit

La CCDH se demande également «si une approche contraignante ne risque pas d’augmenter la fracture sociale, voire la radicalisation chez certains, au lieu de renforcer l’adhésion à la vaccination». L’ASBL SOS Radicalisation estime qu’«une polarisation croissante est le plus grand danger, surtout lorsqu’on parle de “nous les vaccinés“ et “vous les non-vaccinés“ et que cela devient pratiquement une identité».

Pour l’instant, le gouvernement ne garantit plus que la gratuité des tests PCR pour les dépistages sur ordonnance. Pour les autres, il faut compter quelque 60 euros par test, voire 99 euros pour obtenir un résultat dans un délai de 4 heures.

Le plan B fait encore défaut

Interrogé ce jeudi par nos soins, le ministère de la Santé n’a pas encore été en mesure de livrer de plus amples détails sur la mise en place d’un dispositif pour permettre à certaines catégories de personnes de continuer à avoir accès à des tests PCR gratuits. Cette mesure doit notamment concerner les enfants de moins de 12 ans, encore privés de vaccin, ainsi que les personnes qui ne peuvent pas être vaccinées en raison de contre-indications médicales.

«D’une manière plus générale, une attention particulière devra être apportée à toutes les personnes en situation de précarité», plaide la CCDH, qui invite le gouvernement «à prévoir (…) des mesures de soutien adéquates, pour que ces personnes ne soient pas lésées de manière disproportionnée» par la fin de la gratuité des tests PCR. Au vu de la précarité financière, touchant un «nombre considérable» de citoyens, la CCDH estime «opportun de doter les offices sociaux de la possibilité de prendre en charge les frais des tests PCR».

David Marques

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