des marques de vêtements militent pour plus de transparence sur l’impact environnemental de l’industrie de la mode

« Nous demandons à être plus régulées. » Face à une concurrence qu’elles estiment déloyales, plusieurs entreprises françaises de textile vertueuses expriment leur ras-le-bol. Quatre-vingt de ces jeunes marques signent une tribune sur le site du journal Le Monde (article réservé aux abonnés). Elles demandent des règles plus justes et plus de contrôles pour que leurs efforts ne les desservent pas, face aux grandes chaînes de « fast fashion », la mode à bas prix.

Parmi les signataires, il y a la marque Asphalte, très transparente sur son processus de fabrication. Elle a pris un peu d’avance sur la loi climat en affichant  son « score environnemental » avant même d’y être obligée. La marque habille l’homme et lui raconte déjà tout depuis six mois. Par exemple, pour le tee-shirt à 39 euros, le client sait que le coton bio a été récolté en Inde et travaillé au Portugal. La fabrication du vêtement a nécessité de l’eau, l’équivalent de trois douches, de l’électricité autant qu’une cinquantaine de kilomètres dans un véhicule électrique. Le tout a dégagé du CO2 comme une voiture pendant 110 km. Des calculs compliqués mais la jeune marque s’est lancée.

« On dit souvent que l’industrie textile est la deuxième industrie la plus polluante au monde », explique Constance Chasseneuil, responsable de la production et des impacts. En voulant connaître les conséquences de sa production, la marque a eu des surprises : « On a un pantalon en coton bio dont on est très fier. On s’est rendu compte, en mesurant l’impact, qu’on avait oublié de passer les poches en coton bio. Il s’est avéré que la consommation en eau était due à plus de 80% à ces poches qui représentent à peine 5% à 10% du poids du vêtement. »

Un travail de fourmi pour savoir ce que coûte vraiment chaque vêtement à la planète. « C’est une grosse décomposition de toutes les étapes de fabrication, donc on va poser énormément de questions sur les machines utilisées, indique Constance Chasseneuil. On va s’intéresser à la culture de la matière première, à la filature, au tissage et à la teinture. On est dans une industrie qui est extrêmement opaque et pour toutes les marques qui vont être impliquées, le plus gros morceau va être la récolte d’infos. »

Pour tenir ses engagements, Asphalte travaille avec des fournisseurs triés sur le volet, comme la filature Emanuel Lang, à côté de Mulhouse, qui file et tisse depuis 165 ans. À sa tête, Pierre Schmidt qui veut aussi connaître l’impact de sa production. Il a comparé un bon vieux jean en coton et un autre, très innovant, en lin. « Le jean en coton c’est à peu près 8 000 litres d’eau alors que le jean en lin tout compris c’est 80 litres d’eau, donc 1%, indique Pierre Schmidt. C’est hallucinant de voir cette différence. La preuve est faite que souvent le coton fait deux fois le tour de la planète avant d’arriver chez nous. Le lin de Normandie que nous utilisons fait moins de 1 000 km. » C’est devenu la boussole de Pierre Schmitt pour relocaliser en France la filière lin qui a été démantelée au fil des années. Une nouvelle manière de produire, prête à accepter d’être notée.

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