le musée Christian Dior de Granville célèbre la fleur et la couleur, sources d’inspiration pour le couturier

C’est à la plus prestigieuse des fleurs, qui fut aussi l’une des favorites du couturier, qu’est consacrée l’exposition Dior en roses dans sa maison d’enfance, la villa Les Rhumbs à Granville jusqu’au 31 octobre 2021. Faisant la part belle à l’une des plus belles fleurs et à l’une des couleurs aux nuances les plus variées, l’exposition offre une lecture originale des créations de Christian Dior par rose(s) interposé(es).

Si la rose inspire la silhouette de femme-fleur, d’abord rêvée dans le jardin de Granville avant d’éclore en 1947 lors du premier défilé de la maison de couture qui porte son nom, elle entre aussi dans la composition des parfums inventés dès 1947, dont le premier d’entre eux, Miss Dior. 

Jardin et musée Christian Dior, Granville.  (© Benoit Croisy, coll. ville de Granville)

Depuis 1997, le musée propose chaque année une exposition sur un thème différent apportant un éclairage nouveau sur la vie de Christian Dior et sur les créations de sa maison de couture depuis sa fondation à Paris, avenue Montaigne, en 1946 jusqu’à aujourd’hui.

En 2021, c’est à la plus prestigieuse des fleurs autant qu’à l’une des couleurs favorites du couturier qu’est consacrée l’exposition Dior en roses. Du jardin jusqu’au 2e étage, cette fleur emblématique est en majesté sur une soixantaine de modèles haute couture, d’accessoires, d’œuvres d’art et d’objets d’art décoratifs. En écho aux collections parées de rose(s) au sein de la maison, un parterre de roses « Jardin de Granville » qui vient d’être planté se déploie sur la grande pelouse visible depuis le jardin d’hiver de la villa.

Cette thématique est « un sujet presque naturel », explique la conservatrice et commissaire de l’exposition Brigitte Richart qui précise : « cette année les parfums Dior ont fait l’acquisition sur une commune voisine de terrains destinés à la production de roses ».

Le rose est aussi une couleur. D’abord celle de la maison familiale. « Crépie d’un rose très doux, mélangé avec du gravier gris… ces deux couleurs sont demeurées en couture mes teintes de prédilection » disent les mots du couturier, qui fait écho à la couleur délicate des fleurs qu’il pouvait humer et admirer dans la roseraie souhaitée par sa maman Madeleine. Rose est la couleur de l’enfance, celle des Petites Filles Modèles, roman de la Comtesse de Ségur qui inspira aussi en 1939 une robe de Christian Dior, alors modéliste chez le couturier Robert Piguet.

Le rez-de-chaussée introduit l’exposition avec le thème du jardin. L’évocation de l’enfance et du jardin de Granville précède l’exploration des autres jardins de Christian Dior, inspirés du premier d’entre eux : celui de Milly-la-Forêt au sud de Paris, puis celui de Montauroux en Provence, le dernier, qui devait permettre au couturier de « retrouver, sous un autre climat, le jardin fermé qui a protégé (son) enfance ».

Différentes atmosphères et ambiances ponctuent l’exposition. « Toutes les pièces ont leur couleur, leur identité », souligne Brigitte Richard qui ajoute : « on aime évoquer cette histoire familiale, dans cette maison où le couturier a passé son enfance. Dans une des salles, on retrouve beaucoup de portraits qui rappellent que l’on se trouve dans une maison de famille ». 

L’exposition associe l’histoire familiale en mettant en avant la personnalité de sa jeune sœur chérie, Catherine, qui fit des fleurs son métier et fut à la fois son soutien et son inspiratrice. « On évoque ici sa soeur cadette avec laquelle Christian Dior avait des analogies de parcours et de goût. Elle travailla dans le commerce des fleurs, puis dans l’horticulture. Elle fut un peu sa muse : c’est elle qui aurait inspiré le nom du parfum Miss Dior en 1947 », explique encore la conservatrice. 

La famille Dior dans le jardin de la villa Les Rhumbs. Collection musée Christian Dior, Granville. (Droits réservés)

En 1911, la famille Dior s’installe à Paris, tandis que Granville devient un lieu de villégiature. Le jeune Christian Dior s’enthousiasme pour la vie artistique de la capitale. Autour de Jean Cocteau gravitent des artistes, des musiciens, des écrivains et des poètes qui deviennent ses proches, parmi lesquels le compositeur Henri Sauguet, le poète Max Jacob, le décorateur Christian Bérard ou encore les peintres Raoul Dufy ou Léonor Fini. Initié à toutes les formes d’expressions artistiques, Christian Dior ouvre une galerie à la fin des années 1920 et promeut les créations de ses amis artistes. Ces oeuvres constitueront pour lui, une fois devenu couturier, une source d’inspiration majeure. 

Cette fleur et cette couleur qui se prêtent à toutes les déclinaisons dans les univers de la poésie, de l’art et de la mode, sont ici étroitement associés comme le souligne Brigitte Richard : « Il ne faut pas oublier que Christian Dior a commencé tard la couture, il avait 42 ans. Il est donc normal que ses amitiés littéraires et artistiques soient ici mises en avant. On a ainsi fait venir du MAD, des sujets en porcelaine de Saxe mais aussi des oeuvres d’art et des tableaux du peintre Paul-César Helleu pour une mise en regard entre l’art et la haute couture ».

Paul César Helleu, Jeté de fleurs sur une table de jardin, vers 1636 (44×74 cm ; huile sur toile, num inv 2010.1.28). (© Bayonne, musée Bonnat-Helleu – cliché A. Vaquero)

« Chaque femme devrait avoir du rose dans sa garde-robe. C’est la couleur du bonheur et de la féminité. Je l’apprécie pour les foulards et les chemisiers ainsi que pour les robes de jeunes filles. C’est une couleur ravissante pour les tailleurs et les manteaux, et merveilleux pour les robes de soirée », disait Christian Dior. 

Du rose pâle au rose rouge, tantôt associé à l’univers des petites filles, tantôt à celui de la femme fatale, le rose est inlassablement convoqué par Christian Dior et par ses successeurs sur les modèles haute couture et sur les accessoires sélectionnés pour l’exposition : bijoux, foulards, sacs, souliers, chapeaux, parfums… Le succès de la « femme-fleur » dit l’importance qu’eut le jardin de son enfance dans l’inspiration du couturier, ce qu’illustre une sélection de modèles fleuris.

Ensemble Bluebell Wood, Christian Dior par John Galliano, collection Haute Couture printemps-été 1998Hommage poétique à la marquise Casati. Collection Dior Héritage, Paris (LAZIZ HAMANI)

D’une époque et d’un créateur à l’autre, les variations sont multiples : Yves Saint Laurent, Marc Bohan, Gianfranco Ferré, John Galliano, Raf Simons hier, Maria Grazia Chiuri aujourd’hui, les interprètent au rythme de leur époque. « On note une continuité d’inspiration de chaque créateur passé par la maison Dior en y apportant chacun sa créativité » souligne encore la commissaire d’exposition. 

Grand présentoir des Parfums Christian Dior décoré de roses créé par Victor Grandpierre. (Philippe Schlienger)

Exposition « Dior en roses » jusqu’au 31 octobre 2021. Musée Christian Dior. Villa les Rhumbs. Rue d’Estouteville. 50400 Granville.

Affiche de l’exposition Dior en roses au musée Christian Dior de Granville, 2021 (Dior)

Articles connexes

Stay Connected

0FansJ'aime
3,507SuiveursSuivre
0AbonnésS'abonner

ne manquez pas